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Réponse aux Paradoxes de Monsieur de Calan

Publié le 19 Juin 2016

Réponses aux Paradoxes de Monsieur de Calan

Par Jean MESSIHA

Introduction

Maël de Calan : la Vérité si je mens !

Un pamphlet partial et partiel

Un livre virulent, intitulé La Vérité sur le Programme du Front National, vient de paraître début mai 2016 aux éditions Plon. L’auteur, Maël de Calan, est membre de « Les Républicains » et son ouvrage est préfacé d’Alain Juppé. La personnalité de l’auteur, la date de parution ainsi que le titre, font penser davantage à un tract électoral qu’à une véritable réflexion de fond. On croyait que la Pravda appartenait à une époque révolue, celle de l’idéologie communiste ; avec sa nouvelle Vérité, Maël de Calan la ressuscite au service de la doxa actuelle alliant un néolibéralisme mal digéré[1] et une approche post-nationale mortifère. On attendait un débat contradictoire dans la belle tradition démocratique française : on a le droit à un procès stalinien mené à charge par un procureur fanatique qui n’a de cesse, sur plus de 300 pages, d’assommer son lecteur d’un acte d’accusation aussi long que mensonger. Aucune démonstration, rien qu’un prêt-à-penser scandé ad nauseam.

Jusqu’ici la littérature politique nous avait habitué à des contributions esquissant les programmes politiques de leurs auteurs. Ainsi, François Fillon, Nicolas Sarkozy, François Hollande, Marine le Pen, etc. se sont prêtés à ce jeu salutaire. Certes Maël de Calan n’est candidat à rien mais son engagement politique est clair : de fait, sa « Vérité » n’est qu’un pamphlet partial et partiel, une propagande sous forme de rouleau compresseur accablant le lecteur de poncifs aussi éculés que choquants. Il convient ici d’insister sur le fait que dans la galaxie des publications politiques parues en vue des prochaines échéances présidentielles, seul le FN a le droit à cet honneur de voir passer son programme au peigne fin. C’est de bonne guerre et, potentiellement, la preuve que notre démocratie va bien… sur la forme. Car toutes les formations ont ou sont censés avoir des programmes en vue des élections présidentielles. Qui a passé autant de temps à les analyser ? Qui les a chiffrés ? Personne. L’inavouable raison est le degré de discrédit absolu des partis politiques qui ont dirigé la France ces dernières décennies et qui, disons-le d’emblée, l’ont littéralement laminée. Paradoxalement, la multiplication des études, des livres, des conférences sur le programme du FN est bien le signe qu’il est le seul à exister et à intéresser, et partant, le seul dont on attend quelque chose s’il est amené à exercer le pouvoir un jour[2]. D’ailleurs, Maël de Calan, parfaitement inconnu jusqu’à lors, est passé de l’ombre à la lumière grâce au Front National. En parler, d’une manière ou d’une autre, c’est de plus en plus vendeur et donc facteur de notoriété. Calan sait donc qui il doit remercier : le FN qui lui a permis d’exister.

On aurait d’autant moins envie de lire la « Vérité » sur le programme du PS ou la « Vérité » sur le programme de « Les Républicains » qu’en 40 ans d’exercice conjoint du pouvoir, ces deux partis nous ont montré, en pratique, à quoi nous en tenir. Avec eux, les Français ont cru et vu. Et donc ne peuvent plus croire. Tant et si bien que ces formations se font discrètes sur des promesses qu’elles savent depuis longtemps ne pas pouvoir tenir. Il faudrait ainsi et d’abord trouver ces programmes, ensuite les lire et les commenter avec, à l’esprit le fait que ce sont les mêmes qui ont mené la France là où elle est aujourd’hui, avant, enfin, de se rendre compte que cela n’intéresse vraiment personne…

Sur le fond toutefois, le lecteur avisé restera sur sa faim quand ce n’est pas sur un sentiment de colère. L’analyse sérieuse, fouillée, discutée et discutable comme tout travail intellectuel est d’emblée évacuée au profit d’un travail où l’amateurisme le dispute à la désinvolture. De Calan ne s’embarrasse pas d’une réflexion globale sur le projet pour en comprendre la logique d’ensemble et l’environnement paradigmatique. Sur plus de 300 pages, il ne fait que « picorer » ça et là des mesures, les juxtaposant de manière artificielle pour tenter de démontrer des contradictions qui découlent davantage de sa faible culture politique, économique et sociale que de réelles incohérences programmatiques. Ce faisant, l’auteur tombe point par point dans ce qu’il dénonce, à savoir un livre fourre-tout sans aucune logique d’ensemble, cherchant simplement à justifier une idée préconçue pour continuer à faire tourner en bourrique un système en fin de course. L’introduction en est, en quelques sortes, la conclusion : on part de ce que l’on cherche à démontrer !

Pour que son travail ait quelque chance de figurer au rayon des essais politiques et aille au-delà de la simple « politicaillerie », il eut fallu que l’auteur commençât par une analyse de fond des clés de voûte du programme du FN, à savoir la souveraineté nationale et la question de l’identité. Appartenant lui-même à une famille politique – et à une famille tout court – qui a montré son dédain pour ces deux fondements de notre nation, on comprend qu’il les ait hardiment esquivés d’entrée de jeu. Or ce qu’il dédaigne c’est précisément ce que le peuple français priorise. De fait, il critique le nouveau paradigme porté par le Front National de Marine le Pen, tout en refusant de sortir de la pensée unique qui prévaut depuis 30 ans. Et l’eut-il voulu qu’il en eut été incapable : dans la trentaine, Maël de Calan appartient à cette classe d’âge biberonnée aux canons de l’orthodoxie idéologique actuelle. Il n’a pas eu la chance de côtoyer comme ses aînés, les modèles gaulliste (le vrai), socialiste (le vrai), communiste, etc. des années 60 et 70, ce qui lui aurait permis d’appréhender la complémentarité et, dans une certaine mesure, la relativité des points de vue. Il a grandi dans un monde politique dont le ciel est dégagé de toute contestation sérieuse, plus précisément un monde dans lequel toute explication sérieuse tombe directement dans la dictature des –istes (extrémiste, fasciste, etc.). Calan rejoint ainsi tous les clones élevés dans les pouponnières soixante-huitardes qui, devenus adultes, s’en font des défenseurs encore plus fanatiques et plus bornés que leurs ainés. Comme tant d’autres, Maël de Calan en est réduit à pousser des cris d’orfraie, ici sur la souveraineté, là sur l’immigration, etc.

Mais ce débat entre tenants du système et réalistes n’est pas nouveau…

La querelle ancestrale entre les élites aveugles et les réalistes

Les ancêtres de Calan sont pléthore, même si leur culture et leur style forçaient le respect, ce qui n’est pas le cas en l’espèce[3]. La faute à notre époque sans doute. Ainsi, à la fin du 16ème siècle, un phénomène nouveau apparaît en France, aux conséquences économiques et sociales très importantes : l’inflation. En 1563, devant l'ampleur de la hausse des prix et l'inefficacité des mesures prises, Charles IX demande à la chambre des comptes de faire une enquête. Monsieur de Malestroit, un de ces courtisans coupés du monde réel comme notre époque en regorge, est chargé du rapport.

La mission de Malestroit est de fournir une explication sur un fait avéré : une inflation qui sévit depuis un siècle et qui s’accélère considérablement à partir de 1560. Ce phénomène frappe de plein fouet les classes miséreuses et c’est tout naturellement que le pouvoir royal s’en inquiète. En mars 1566, Malestroit remet son rapport au roi sous le titre Paradoxe sur le fait des monnaies. Ces conclusions sont double :

  1. La première n’est pas sans rappeler la réaction d’une grande partie de nos élites actuelles : le déni. Aussi surprenant que celui puisse paraître, Malestroit affirme que, contrairement à ce que tout un chacun voit et ressent, « rien n ‘est enchéri depuis 300 ans » ! Et de présenter une démonstration en forme de syllogisme. Il rappelle d’abord que les échanges s’effectuent par l'intermédiaire de la monnaie, représentée par l'or et l'argent. Pour montrer qu'une chose vaut davantage qu'il y a 300 ans, il faut établir que pour l'acheter on doit fournir une quantité plus importante de métal. Malestroit apporte la preuve du statu quo ante en prenant l'exemple du velours. Le prix en monnaie de compte a augmenté. Mais la quantité de métal fourni n’a pas varié. La conclusion est logique : si l'on s'attache qu'à la quantité de métal contenue dans la livre, on trouve que la stabilité des prix est parfaite depuis trois siècles. La hausse des prix apparaît comme la conséquence des modifications apportées dans la définition de l'unité de compte.
  2. Malestroit souligne les applications du phénomène. Il tire la sonnette d’alarme sur le fait que la dépréciation de la monnaie de compte entraine la ruine des titulaires de revenus fixes, comme le sont nombre de nobles et bourgeois de l’époque. Il faut défendre les élites rentières contre l’érosion monétaire qui, par ailleurs, favorise par trop les roturiers.

De manière tout à fait stupéfiante, Maël de Calan s’inscrit dans la ligne la plus droite de ces deux conclusions, comme nous le verrons dans les développements ultérieurs.

Un homme, pourtant, s’érige alors contre cette pensée unique naissante, vécue comme une provocation par les victimes les plus directes de la hausse des prix : Jean Bodin, un bourgeois, fils de tailleur. Les insuffisances de l'explication de Monsieur de Malestroit sont mises en évidence par Bodin dans son livre paru en 1568 intitulé Réponse au Paradoxe de Monsieur de Malestroit. Il commence par disqualifier les conclusions de Malestroit avançant que l’inflation est une réalité observable qu’il est impossible de nier, fut-ce en mettant au point une brillante théorie. En clair, c’était un peu le « populiste d’extrême droite » de son époque… Il répond ainsi par avance à toute une élite, dont Calan, qui nie la réalité de l’inflation survenue à l’orée des années 2000 avec l’avènement de l’euro.

S’agissant de l’exemple mobilisé par Malestroit pour étayer cette dernière à savoir l’évolution du prix du velours, Bodin démontre qu’il s’agit d’un cas particulier qui ne peut constituer une justification du déni de réalité. En effet, selon Bodin, le velours était autrefois un produit de luxe, devenu, à la fin du 16ème siècle, un bien de consommation courante. Par ailleurs, Bodin relève les erreurs dans la comparaison des monnaies et soutient que les années de référence sont mal choisies. Il prouve que les prix ont au moins triplé depuis 100 ans et que même si on calcule en espèces métalliques, une partie de la hausse subsiste. Quelles sont les raisons de cette hausse ? Pour lui, la raison principale est constituée par l'abondance d'or et d'argent arrivant du Nouveau Monde et introduit en France par les remises des migrants, le solde positif de la balance commerciale et l'entrée des capitaux. Bodin est ainsi également le « xénophobe » de son époque… Des causes que les élites de l’époque, trop occupées à vanter les bienfaits de l’étranger et fascinées par la découverte des Amériques, rechignent à reconnaître.

Le pouvoir royal, se rassurant auprès de son courtisan, adopte l’interprétation de Malestroit et, dès 1567, une ordonnance royale interdit « le surhaussement des monnaies d'argent ». Après le triomphe, l'explication de Malestroit va connaître l'oubli et même l'opprobre. La thèse de Bodin soulève un grand intérêt en Angleterre, en Italie et en Allemagne. Elle connaît le succès en France après 1585. Les idées de Malestroit sont considérées comme erronées et les économistes font même de Bodin le père de la théorie quantitative de la monnaie. Malestroit a par rapport à ses prédécesseurs Oresme, Biel ou Copernic, perfectionné l'analyse monétaire. Mais, comme notre pseudo intellectuel dont nous allons à présent discuter l’analyse, partant d’une véritable négation de la réalité, il n'a pas vu que les structures économiques et politiques avaient changé et que de nouveaux éléments intervenaient.

Rien n’a changé…

500 ans plus tard, le successeur de Malestroit apparaît en la personne de Maël de Calan. Il allait donc de soi qu’il fallait que quelqu’un prenne la relève de Jean Bodin pour lui donner le change. D’autant que la problématique de l’espèce ne se réduit pas à des considérations économiques et qu’à aucun moment l’auteur ne tente de prouver ces incantations par la moindre analyse. Pire, sur plus de 300 pages, l’auteur affiche un mépris de la réalité de nature à courroucer le plus zen des lecteurs. La vérité dont il est question dans ce livre est religieuse, dogmatique, prenant appui sur des slogans vides de sens et terrassant d’avance toute réflexion démocratique. Parue début mai 2016, cette contribution est venue à point nommé donner du grain à moudre à un système aux abois qui s’est empressé de s’en emparer. Télévisions, radios, médias écrits, tout le monde en parle comme s’il s’agissait d’une arme de destruction massive de la dernière chance. Organisé en sept chapitres, ce livre en dit davantage sur son auteur et le courant politique auquel il appartient que sur le sujet qu’il prétend traiter. La méthode a été éprouvée par les plus grandes idéologies du 20ème siècle : comme le disait l’inventeur de la propagande politique, Joseph Goebbels, « prenez un mensonge : dites-le une seule fois, il reste un mensonge. Répétez-le cent fois, il devient une vérité ». Maël de Calan va donc s’exprimer pour la centième fois, à la suite de tous ses ancêtres politiques et sociaux qui nous enfument depuis tant de décennies, pour ne pas dire de siècles...

Son livre s’ouvre sur une préface d’Alain Juppé. Eût-il souhaité décrédibiliser d’entrée de jeu sa démarche, qu’il ne s’y serait pas pris autrement. Ce faisant en effet, il a placé sa réflexion sous le haut patronage d’un personnage politique qui a activement participé au déclassement de la France et dont il est pour partie responsable. On fera ici grâce au lecteur en ne citant pas tous les postes ministériels auxquels Alain Juppé a participé depuis la fin des années 70… Sans se démonter, Calan plante d’emblée le décor : il affirmer haut fort n’être en rien lié par les échecs de la droite de gouvernement (« je ne me sens pas comptable des échecs de la droite au pouvoir », écrit-il en page 12), tout en laissant l’un des artisans de cet échec le soin d’introduire son livre ! Un tel paradoxe vaut bien qu’on lui retourne d’emblée la citation qui ouvre son « analyse » : « les électeurs valent mieux que ce que croient les démagogues » (Pierre Mendès France).

Cet ouvrage qui s’ajoute à d’autres, vient en fait démontrer – et avec quel brio – l’affolement dont est saisi le système à l’idée qu’une force proposant un autre modèle d’économie et de société, puisse être aux portes du pouvoir. Tous les bâtons sont bons à être jetés dans une roue électorale que rien ne semble pouvoir arrêter. L’auteur le reconnaît lui-même : le système gouvernant a longtemps placé le débat sur le plan moral (les républicains contre l’extrême droite fascisante, le bien contre le mal, etc.), en vain. Il souhaite à présent dit-il, revenir au niveau des idées, prétendant vouloir combattre le FN sur le terrain du débat démocratique. Or en guise de débat démocratique, nous avons droit dès les premiers paragraphes à une succession de cris, presque onomatopéiques, égrainés sous forme d’anaphore (c’est à la mode depuis 2012…) : « colère de voir une poignée d’aventuriers médiocres rassembler, par notre faute, 25% des électeurs sur leurs listes ; colère d’entendre raconter n’importe quoi sur des sujets essentiels ; colère de voir des millions de Français, déçus par leurs élites, prêts à adhérer à ce « n’importe quoi » (sic) pour « tout foutre en l’air » (re-sic) ; « colère enfin d’entendre une petite coterie familiale organisée sur le modèle des républiques bananières donner des leçons de morale à la terre entière et tirer le débat public vers le bas à force d’outrances et de mensonges » (page 13). Comme on le constate, un brillant enchaînement logique, froid et raisonné en guise de socle de départ…

Plus encore, Maël de Calan, se place, comme d’ailleurs ses maîtres à penser, sur le terrain de l’oukase, de l’excommunication voire de l’insulte. Et de poursuivre, sans douter de rien : « c’est parce que la France est un grand pays qu’elle mérite une classe politique à la hauteur, qui lui montre la voie du redressement ; cette classe politique, c’est précisément le « système » que le FN voudrait renverser ». Si l’on suit donc ce raisonnement, cette classe politique que Monsieur de Calan dénonce violemment dans les premières pages de son livre, reconnaissant sa totale responsabilité dans la situation catastrophique dans laquelle se trouve notre pays aujourd’hui, est aussi celle qui présidera à son redressement et à sa prospérité… Les destructeurs seront les reconstructeurs. Nous voilà rassurés. C’est donc Alain Juppé ou François Fillon ou Nicolas Sarkozy qui vont résoudre demain les problèmes que leurs politiques respectives ont provoqués et qu’ils n’ont pas su résoudre hier… « Les propositions politiques ne sont jamais que le reflet d’une culture », écrit-il page 14. Avec de telles considérations, nous voilà fixés sur la sienne.

Chapitre I.-

Maël de Calan ou l’aveuglement assumé

Un rappel rapide de tous les poncifs de la pensée unique, en guise de mise en bouche

Le FN, un parti lesté par sa genèse

Au chapitre I de son ouvrage, Maël de Calan avoue que la critique du FN est difficile, mais ne se place pas sur le terrain sur lequel tout démocrate aimerait le voir se placer. Le chapitre commence par un long dégagement sur l’histoire du parti, suffisante d’après lui, pour discréditer toute forme d’évolution ultérieure. Bien entendu, seul le FN a le droit à ce rappel historique. Le silence est de mise s’agissant des autres. Et pour cause : si l’histoire du reste des formations politiques françaises avait été convoquée, le propos se serait instantanément vidé de sa substance. Le marxisme violent, teinté de maoïsme des socialistes des années 60 et 70 ? Oublié ! Le mouvement Occident et autre SAC, mouvements d’extrême droite (la vraie) spécialisés dans les combats de rue auquel ont appartenus plusieurs ténors de la droite adulée par Calan (Longuet, Millon, Devedjian, Pasqua, etc.) ? Passés à la trappe ! Pourquoi ? Tout simplement parce que si on appliquait le raisonnement de Calan à ces cas d’espèce, on aboutirait à la même conclusion, à savoir une disqualification de ces partis et de leurs responsables à l’exercice du pouvoir. Or manifestement ce qui vaut pour son obsession, le FN, ne vaut pas pour ses maîtres…

« Intuitivement, poursuit l’auteur, très peu de nos compatriotes souhaitent véritablement la victoire du FN ». A 35 ans donc, le dénommé Maël de Calan qui n’a jamais exercé le moindre mandat national, non seulement se croit titulaire de la Vérité mais prétend de surcroît déceler et déchiffrer les intuitions du peuple français. C’est peu de dire que la modestie l’étouffe. Fi du débat de fond donc et place aux vagues « intuitions » qui n’engagent que leur auteur.

Le retour de la France, c’est populiste

Au bout de laborieuses circonvolutions, de Calan reconnaît du bout des lèvres que le FN a un programme. C’est dire la qualité du « débat » qu’il appelle pourtant de ses vœux. Présenté sous une forme assez didactique, le fond reste pourtant un art consommé de l’illusionnisme. Ainsi, en page 24, prétendant débusquer une contradiction autour d’un développement qui, par ailleurs, n’a rien à voir avec ce qui suit, l’auteur reprend, en guise de démonstration la proposition du FN sur les petits salaires : « Tous les salaires jusqu’à 1500 euros bénéficieront d’une augmentation de 200 euros net » (un point pour les petits salaires), mais dans le même temps « une administration exclusivement dédiée aux TPE/PME sera créée pour simplifier la bureaucratie dont sont victimes nos entrepreneurs » (un point pour les petits patrons) ».

Qu’est-ce que cela démontre et en quoi est-ce une contradiction ? On ne le saura pas car l’auteur est déjà ailleurs, sur la dévaluation : « on incitera les étrangers à acheter français, grâce à la dévaluation du nouveau franc, et on forcera simultanément les Français à acheter français grâce aux barrières douanières ». Là encore, où est le problème ? La patrie intellectuelle de Maël de Calan, les Etats-Unis, le fait depuis toujours avec le Buy American Act et la mise en place concomitante de barrières douanières pour protéger leur industrie. Quant au pays cité en modèle par ses amis, la Chine, dont le PIB était en 1971 équivalent à celui du Zimbabwe, il a effectivement réussi ce pari : les Chinois achètent chinois tandis que le reste du monde achète également chinois (grâce, soit dit en passant, à la sous-évaluation administrée et chronique du Yuan). On a envie de rappeler à Monsieur de Calan que c’est en pensant les choses impossibles qu’elles le deviennent. Avec un tel raisonnement, la Chine serait aujourd’hui au même niveau économique que les pays de l’arc de crise. Oui, ne vous en déplaise, Monsieur de Calan, le rôle d’un président de la République est de tout faire pour que la terre entière achète français, tout en encourageant ses citoyens à toujours favoriser les produits nationaux. Naturellement le résultat n’est jamais parfait, mais une politique économique qui ne vise pas un certain idéal n’en est pas une. La Chine, le Japon, et à leur suite l’écrasante majorité des pays du monde suivent ce chemin. En quoi est-il plus scandaleux ou plus inatteignable pour la France ?

S’interroger sur le dogme immigrationniste, c’est populiste

Dans la même page, l’auteur nous apprend que la question de l’immigration n’est pas une question sérieuse : « dès la page 6 du projet présidentiel, écrit-il l’auteur, probablement fatigué d’avoir traité tant de questions sérieuses -(pouvoir d’achat, monnaie, etc.), traite du problème de l’immigration ». Et de se scandaliser de l’objectif d’interdire les manifestations de soutien aux clandestins. Là encore, le fossé avec le commun des mortels est énorme. Il n’y a effectivement qu’une élite habitant des quartiers où le mètre carré se négocie autour de 10.000 euros qui trouve scandaleux qu’on interdise lesdites manifestations, qu’elles découvrent d’ailleurs souvent dans leur salon devant la télé. Car les clandestins, comme leur nom l’indique, sont des étrangers qui contreviennent à la loi du séjour. Comment dès lors tolérer leurs manifestations ? C’est comme si on acceptait les excès de vitesse collectifs sous prétexte qu’il s’agit d’une manifestation contre les amendes les sanctionnant !

Et de persister : « comme dans toute « pensée magique », les choses adviendront parce qu’elles doivent advenir : l’immigration légale et illégale sera tarie, sans qu’il soit nécessaire d’en détailler le chemin ». Voilà qui prend littéralement le lecteur pour un imbécile. L’immigration légale peut être tarie par une politique restrictive des visas, cela n’est un secret pour personne. S’agissant de l’immigration illégale, celle-ci ne pourra effectivement jamais être ramenée à zéro, mais tout le monde peut convenir qu’entre les centaines de milliers d’entrées illégales d’aujourd’hui et le degré zéro, il y a des marges appréciables de progrès ! Là encore, il faut renvoyer au visage de l’auteur les exemples de l’étranger : que pense-t-il par exemple de la politique migratoire de l’Australie, pays qui n’entre pourtant dans les névroses de l’auteur n’étant ni une république bananière ni une dictature, et qui renvoie systématiquement et sans exception aucune, tous les bateaux de migrants illégaux vers l’Asie du Sud ? Maël de Calan semble d’ailleurs être un expert en magie, lui qui sur 300 pages nous explique la magie de l’euro, la magie de l’Union européenne, la magie de l’immigration, la magie de l’austérité sur lesquelles, le simple fait de s’interroger provoque des cataclysmes apocalyptiques…

Parler de la France aux Français, c’est populiste

Ne craignant pas de passer du coq à l’âne, l’auteur nous emmène dans le monde des drapeaux, feignant le courroux face à la mesure consistant à interdire le drapeau européen sur les édifices publics. C’est pourtant la suite logique de la souveraineté retrouvée : dès que la France redeviendra un pays souverain en quittant et la zone euro et l’Union européenne, pourquoi doit-elle continuer à arborer le drapeau de Volapük ? Les ex-républiques soviétiques continuent-elles à pavoiser leurs édifices publics du drapeau rouge de l’URSS ? Quant à la politique artistique, Maël de Calan moque l’initiative, heureuse pour beaucoup de Français, d’encourager les grandes productions illustrant l’histoire de France et la vitalité du monde francophone. Il est curieux que nous n’ayons pas entendu Monsieur de Calan s’exprimer sur la suppression du Moyen-âge chrétien dans les programmes scolaires au profit du monde musulman et de la connaissance du Coran … Qu’est-ce qui est le plus choquant ?

Là encore, l’étranger ne doit pas devenir un tropisme mobilisable uniquement quand son exemple va dans le sens souhaité. En clair, quel grand pays ne prend pas le soin de narrer son épopée nationale à ses citoyens ? Les Etats-Unis vont même jusqu’à exiger des nouveaux naturalisés qu’ils visionnent une longue vidéo rappelant les grands événements constitutifs de leur nation et exigent parallèlement un niveau de connaissance de leur histoire nationale vérifié par une épreuve précédant la naturalisation. Et tout cela ne date pas d’hier. Pourquoi Monsieur de Calan n’en parle pas ? Son silence signifie implicitement que dans sa doxa, la France n’a pas le droit de mettre son Histoire en avant. Que la France n’a pas le droit d’être une nation comme une autre et encore moins un grand pays comme un autre. Les fiertés nationales ne sont admirables qu’à la condition qu’elles ne soient pas françaises…

Exiger le patriotisme de ceux qui prétendent au service de l’Etat, c’est populiste

Est ensuite abordée la question du recrutement des hauts fonctionnaires par l’ENA, l’auteur s’étonnant de la mesure visant à ce que ceux-ci soient patriotes. Certes, les critères de ce patriotisme ne sont pas définis dans le programme, mais tout simplement parce que ce n’est pas l’objet d’un programme présidentiel que de rentrer dans ce niveau de granularité. Sur le fond, nous avons connu un concours de l’ENA qu’il était impossible de décrocher si on y allait pas de son petit couplet sur la nécessaire appropriation collective des moyens de production : c’était dans les années 70. Ensuite, nous avons connu l’ENA où il était impossible d’entrer sans faire plusieurs paragraphes sur les anticipations rationnelles et les apports de la théorie libérale qui nie toute efficacité à la politique économique. Et enfin, depuis les années 2000, nous connaissons une ENA où l’européisme des candidats est une condition sine qua non à leur admission. Tout cela est-il plus scandaleux que d’exiger un minimum de patriotisme de la part de personnes dont l’objectif est de servir l’Etat au service de la nation ?

Changer de cap quand les circonstances l’exigent, c’est populiste

Puis l’auteur de fustiger les soi-disant revirements de Marine Le Pen et notamment sur les questions fiscales. On apprend, en lisant plus avant, que les revirements ne concernent pas les prises de positions de Marine le Pen elle-même mais les prises de position de cette dernière par rapport à celles de son père, ce qui n’est pas tout fait la même chose. Mais à supposer que ces revirements existent, ils ne sont pas condamnables en tant que tels et ce pour deux raisons :

  • En premier lieu, le monde change, le contexte socioéconomique mondial change et il est donc normal pour un dirigeant politique dont la première des qualités doit être le pragmatisme, d’adapter son plan d’action aux circonstances, pour reprendre les termes chers au général de Gaulle. Le monde des années 80 n’a rien à voir avec le nôtre. Qu’aurait-on dit de Marine le Pen si elle avait gardé le programme d’il y a 30 ans ? Aurait-on vanté sa constance par hasard ?
  • En second lieu, en matière de revirements, c’est ici l’hôpital qui se moque de la charité, tant les changements de cap ont été nombreux à droite et le sont encore, obéissant davantage à des impératifs idéologiques qu’aux intérêts de la France. Il y eut la droite interventionniste de la relance Chirac des années 74-76 ; puis la droite libérale de Balladur en 1986-1988, puis la droite souverainiste avec Séguin et Pasqua, puis la droite libérale avec Sarkozy, servie par le souverainiste Henri Guaino… Allez comprendre ! Quant à la gauche, n’en parlons pas. Maël de Calan gagnerait ainsi à éviter d’ouvrir des thématiques qui lui reviennent en boomerang dans la figure…

On ne s’attardera pas sur les approximations honteuses, indignes de quelqu’un qui prend la parole à ce niveau. Ainsi en est-il de la sortie de l’euro : l’auteur affirme, sans le démontrer et pour cause, que le « plan de sortie de la monnaie unique ressemble un peu à celui prôné par Yanis Varoufakis qui a abouti à une quasi faillite des banques grecques » (page 33). Une telle affirmation relève sinon de la crétinerie, du moins de la mauvaise foi :

  • D’une part, parce que si Varoufakis a été démissionné c’est bien parce que Tsipras n’a pas voulu appliquer son plan. On ne peut donc rendre celui-ci responsable de la faillite des banques grecques ;
  • D’autre part et en réalité, les banques grecques se sont retrouvées à court de liquidités en raison du fait que la Banque Centrale Européenne (BCE) a exercé une pression aussi énorme que scandaleuse sur le gouvernement grec afin de l’empêcher d’appliquer les résultats du référendum, à savoir une sortie du pays de la zone euro. Comment ? En suspendant du jour au lendemain leur alimentation en euros. A cette occasion l’Europe de l’Union européenne qui promeut la démocratie, les droits de l’homme et les droits des peuples a montré son vrai visage, le même que l’Union soviétique des années 60, les chars de Prague ayant été remplacés par des distributeurs vides à Athènes. Mais ce déni de démocratie échappe à Maël de Calan qui continue à ne voir que des bienfaits à la monnaie unique.

Dire les choses et les diagnostiquer, c’est populiste

Puis, Maël de Calan a cette affirmation pour le moins surprenante : « avant de formuler la moindre proposition, le programme du FN est une vaste dénonciation de tout ce qui ne fonctionne pas en France ». Le lecteur avisé lui rétorque « encore heureux ! ». A-t-on vu un médecin prescrire un remède sans faire de diagnostic préalable ? Sarkozy, Fillon et le reste de ses amis ont sacrifié à la tradition dans leurs ouvrages respectifs, à la différence que les remèdes qu’ils préconisent sont ceux qui ont provoqué la situation qu’ils prétendent combattre. Une telle assertion vient montrer de manière discrète mais évidente le mépris que l’auteur et le système auquel il appartient vouent à la réalité. En clair, pour lui, un programme politique se doit d’abord de jeter un voile pudique sur la réalité du pays, afin de proposer des mesures qui collent avec le décor dans lequel ce système évolue. Cachez cette réalité que je ne saurais voir ! Et de développer dans un grand étonnement : la croissance faible, la désindustrialisation et le chômage de masse, la dérive budgétaire, l’islamisation… Mais oui, Monsieur de Calan, ne vous en déplaise, voilà le résultat des politiques poursuivies depuis 30 ans dont vous peinez à rendre responsables ceux qui le sont ! Voilà la réalité vécue par des millions de Français et dont il vous coûte qu’il y ait un parti qui la reconnaît et la dénonce !

Responsables, oui ; mais certainement pas coupables !

Et de poursuivre : « tous ces échecs qui masquent au demeurant les très nombreuses réussites de la France qui reste, faut-il le rappeler, l’un des pays les plus prospères au monde), le FN a réussi à en faire porter la responsabilité à l’UMPS ». Tout d’abord, si la France reste en effet un pays prospère, la dynamique économique ne joue plus en sa faveur depuis longtemps : encore quatrième puissance économique mondiale au début des années 90, elle n’est plus que sixième aujourd’hui. On répondra qu’entre temps les émergents ont fait irruption dans l’économie mondiale. Certes, mais cela aurait précisément du obliger la classe politique au pouvoir à donner une nouvelle ambition nationale à notre pays afin de maintenir et d’améliorer son rang. Au lieu de quoi, les responsables politiques sont allégrement passés de l’impuissance de la volonté…à la volonté d’impuissance ! Cela s’est traduit par une sorte municipalisation des fonctions étatiques, autrement dit une gestion à la petite semaine des affaires de l’Etat par de médiocres maires du palais.

Par ailleurs et s’agissant de la responsabilité, de Calan reprend à son compte et sans le dire le fameux slogan de Georgina Dufoix, suite à la crise du sang contaminé qui avait défrayé la chronique dans les années 80 : responsable mais pas coupable. Oui l’UMPS gouverne notre pays depuis trois décennies mais non elle n’est pas comptable des résultats actuels de la France. De qui se moque-t-il ? De personne, puisque justement, énième contradiction, il reconnaît, page 39 que « les élites visées par le FN (l’UMPS donc) ont effectivement mené le pays au bord du gouffre ». « Mais, précise-t-il page 41, la classe politique doit être tenue responsable des succès, comme elle est comptable des échecs ». Une telle affirmation, pour séduisante qu’elle soit de prime abord, est des plus discutables dans ce cas précis. Les succès dont il est question sont une agrégation de réussites individuelles (les grands inventeurs français, les réussites entrepreneuriales françaises, etc.) qui n’ont peu ou pas de lien avec les politiques suivies et qui seraient de toutes façons advenues. En revanche, les grands échecs sont macroéconomiques et donc politiques (chômage, dette et déficits, balance commerciale, etc.) en ce qu’ils découlent directement des politiques économiques suivies. En ce sens, il s’agit en effet d’un véritable miracle que la France continue d’afficher certains succès fulgurants malgré les boulets que font peser sur elle une classe politique insignifiante et une « stratégie » nationale pour le moins néfaste.

Pas d’alternance réelle sans souveraineté

Et pour clore ce chapitre de manière tout aussi intelligente et démocratique qu’il n’a été introduit, l’auteur écrit : « contrairement aux partis de gouvernement qui ont fini par lasser les Français d’alternance en alternance et de promesses non tenues en promesses non tenues, le FN n’a pas encore eu l’occasion de faire la preuve de son incompétence » (page 51). Maël de Calan ne comprend pas qu’il n’y a jamais eu d’alternance en 30 ans et encore moins sur les 15 dernières années. Pour que ce terme ait un sens, il faut des outils politiques qui soient souverains : une politique monétaire, une politique budgétaire, une politique étrangère, une politique de défense, une politique de change, une politique industrielle, etc. Or le pouvoir élu en France depuis 30 ans ne dispose plus d’aucun de ces instruments qui lui aurait permis, le cas échéant, de mettre en œuvre son programme. Tant et si bien que les programmes des partis de gouvernement sont devenus des théâtres d’ombres et des attrape-nigauds. L’alternance dont parle de Calan dans un tel contexte reviendrait à demander à un conducteur de prendre un autre chemin en accélérant, tout en ayant au préalable pris le soin de démonter le volant et l’embrayage du véhicule ! La vérité est que les musiciens changent mais la musique jouée est toujours la même, parce que la partition est dictée par l’Union européenne.

Une fois élus, médias et opposition s’égosillent à lister les promesses non tenues et les propositions programmatiques abandonnées. Mais comment faire autrement lorsque ceux qui ont présidé aux destinées de notre nation pendant 30 ans se sont délestés de chaque outil de souveraineté ? Du coup, le FN ne peut effectivement se placer sur le terrain de l’« alternance » au sens du système d’impuissance actuel, car les mêmes causes produiront les mêmes effets. Son programme est cohérent dans la mesure où il propose de récupérer d’abord la souveraineté nationale avant de mettre en œuvre un quelconque programme. Refusant de penser la politique sans le système dans lequel il a été élevé, celui d’un monde post national où la souveraineté ne serait plus qu’un concept historique, Maël de Calan ne peut comprendre la logique d’ensemble d’un programme dont la pierre angulaire est le souverainisme. En d’autres termes, il garde des lunettes systémiques (l’euro, le marché, etc.) à travers lesquels il lit ledit programme. La conséquence en est un livre complément déboussolé (au sens propre du terme).

Ni Brejnev, ni Mélenchon : De Gaulle !

Calan et ses amis : suffisants et non nécessaires

Après avoir passé plusieurs pages à expliquer, au chapitre premier, que le programme du FN des années 80 était ultralibéral (avec un rappel précis de ce que prévoyait ce programme en matière fiscale), Maël de Calan brise le mur de la contradiction en affirmant en exergue à son chapitre II : « pendant longtemps, écrit notre autoproclamé expert du Front National, le FN ne s’est pas intéressé à ces peccadilles que sont la croissance, le chômage, la fiscalité ou le pouvoir d’achat qui sont des sujets complexes et techniques, que les « patriotes » ont longtemps abandonné au « système » ». Et à supposer que cette affirmation soit vraie et que le FN n’ait jamais eu a proprement parlé de programme économique (ce qui, encore une fois, est faux) qu’est-ce que cela est censé démontrer ? Que le FN prend conscience de ses insuffisances et qu’il cherche à les combler ? Que n’aurait-on aimé que les suffisants au pouvoir en eussent fait autant pendant toutes ces années ! Nous n’en aurions pas été là où nous en sommes aujourd’hui… Et l’auteur de critiquer les 27 pages du programme consacrés au « Redressement Economique et Social de la France ». Lui qui croyait la chose impensable et infaisable dans un système où les outils de souveraineté n’existent plus, paraît abasourdi de découvrir qu’il suffit de changer de paradigme pour que cela soit possible. Il reconnaît ainsi implicitement l’inavouable vérité : pour les élites actuelles, la sauvegarde du système qui leur garantit rentes et prébendes mais qui a produit tant de malheurs pour le plus grand nombre est préférable au redressement économique et social de notre pays qui passe nécessairement par une remise en cause de la matrice idéologique dominante.

Essayer de répondre à toutes les attentes des Français ? Encore du populisme !

Oubliant manifestement que la politique est un art, celui de rendre possible y compris les contraires apparents, Maël de Calan affirme dans un élan de naïveté : « c’est là que le FN s’est retrouvé face à un choix cornélien : fallait-il épouser la contestation sociale des classes populaires, dans un contexte de chômage de masse, de paupérisation des villes moyennes et d’affaiblissement des syndicats, ou épouser au contraire la contestation poujadiste des petits entrepreneurs, des artisans et des commerçants, qui protestent contre un degré de contrainte qui étouffe toute activité économique ? ». En quoi est-ce un choix cornélien ? Aucune démonstration, pas même une illustration ne vient appuyer le questionnement.

De fait, l’alternative n’a rien de cornélien. Les petits entrepreneurs et les petits patrons travaillent dur et gagnent peu. Ils sont en permanence sur le fil du rasoir, susceptibles, compte tenu de leur fragilité, de mettre la clé sous la porte. L’auteur l’écrit noir sur blanc quelques pages plus loin. Ce faisant, ils font aussi partie de ces classes populaires et laborieuses ravagées par le chômage de masse et la paupérisation accélérée. En quoi lutter contre une administration kafkaïenne et répondre, par une politique économique volontariste, au chômage de masse, est-il contradictoire ? Là encore, volonté d’impuissance : le système que défend Calan ayant engendré cette logorrhée administrative et réglementaire, toucher à celle-ci reviendrait à menacer celle-là. Donc ne faisons rien. Même chose pour la lutte contre le chômage de masse : pour enrayer sa progression endémique, la politique économique à mettre en œuvre nécessite de restaurer un cadre budgétaire national et une monnaie nationale, d’où une menace pour la construction communautaire. Donc ne faisons rien. La volonté d’impuissance, vous dit-on… Face à autant de démagogie, les brillants auteurs convoqués par Calan pour étayer ses assertions peuvent lui être renvoyés à la figure à l’instar du Cardinal de Retz pour qui « on ne sort de l’ambiguïté qu’à son détriment ». C’est précisément ce qui attend Maël de Calan.

La planification à la française : encore une idée gaullienne trahie par les « gaullistes »,

Dans les pages qui suivent (62 et suiv.), l’auteur s’insurge contre la planification stratégique de la ré-industrialisation, directement rattachée au Premier ministre, qualifiant l’initiative de nouveau « comité Théodule » et la comparant aux « comités du Plan quinquennal de l’ère brejnévienne ». Quelle mauvaise foi et quelle amnésie, d’autant plus incroyables qu’elles sortent de la bouche de quelqu’un qui se prétend appartenir à la famille gaulliste ! Le site gaullisme.fr auquel Calan devrait être abonné, écrit pourtant : « la planification à la française répond à un besoin de clarté et de cadrage afin que ce qui a été défini pour notre avenir soit connu de tous et détermine l’environnement de mise en œuvre ». Et plus loin : « on ne peut, comme c’est le cas depuis le décès de G. Pompidou (1974), s’abandonner au mouvement naturel des choses. Il faut, dans tous les domaines, donner du sens à son action. Ne confondons pas la planification française avec celle érigée en modèle par les Marxistes dans les ex-pays socialistes ». Et de conclure par une citation, bien connue, du général de Gaulle lui-même : « le plan n’est pas une coercition. Il est une orientation ».

Pour mémoire, c’est ce dernier qui a instauré la planification au lendemain de la libération. De retour au pouvoir, de Gaulle la remit au centre de son action économique. Il en fait même une « ardente obligation ». « Pour moi, précise-t-il, à mon échelon, il s’agit du plan, parce qu’il embrasse l’ensemble, fixe les objectifs, établit une hiérarchie des urgences et des importances, introduit parmi les responsables et même dans l’esprit public le sens de ce qui est global, ordonné et continu, compense l’inconvénient de la liberté sans en perdre l’avantage ». La planification est donc un concept gaullien que les autoproclamés héritiers politiques du général ont passé par dessus bord. Et Maël de Calan ose encore parler de revirement ? Sur le fond, remettre en place une planification au sens du général de Gaulle à une époque de désindustrialisation accélérée de notre pays ne peut choquer que les idéologues. L’auteur, qui en fait clairement partie, rappelle à juste titre les plans « calcul » et autre « machines-outils » pour bien montrer les échecs de la planification. Mais pourquoi ne cite-t-il pas le plan d’armement nucléaire, le Concorde et même Ariane ? Parce que ce sont là des succès qui abattent d’un coup toute la démonstration dogmatique qu’il déploie.

L’Etat stratège ? Toujours du populisme !

Maël de Calan oublie que la France qui s’engouffre tête baissée dans le tunnel libéral des années 70 est une France dont ses pères spirituels et lui-même veulent entretenir l’amnésie. Les élites françaises d’aujourd’hui, s’efforcent de jeter un voile pudique sur des pans entiers de notre histoire pour ne garder que ce qui se marrie avec leur corset idéologique. La monarchie absolue qui a régné mille ans durant, les Empires successifs, etc. tout cela a été passé par-dessus bord … La vérité qu’on ne répétera jamais assez est que ni le modèle libéral anglo-saxon, ni le modèle « rhénan » allemand, ni aucun autre modèle étranger ne convient à notre tradition nationale. La France a un modèle : c’est le modèle français, forgé par des siècles d’une histoire foisonnante et d’expériences fondatrices. Le modèle français est celui d’un Etat colonne vertébrale, socle fondamental qui définit la France. En France, l’Etat a précédé la nation, il ne faut jamais l’oublier. Nulle part ailleurs il n’y a, par exemple, de loi du 28 pluviôse an VIII. Il n’y a pas non plus cette notion de pouvoir venu d’en haut, chère à Sièyes ; pas plus de missi dominici royaux ni de préfets instaurés par Bonaparte « pour faire le bonheur des Français ». Parlant de la nécessité d’un pouvoir centralisateur fort, l’Empereur Napoléon 1er écrivait à Sainte Hélène : « c’est à cette grande uniformité d’action, sur un aussi grand terrain, que sont dus ces immenses résultats, dont les étrangers s’émerveillent et qu’ils ne comprendront sans doute jamais ».

La modernisation de la France, son entrée dans toutes les révolutions industrielles sont toujours venues d’en haut. L’Etat a toujours commencé, encouragé, accompagné, aidé, stimulé et même suscité l’initiative privée qui, sans lui, ne se serait jamais engagée sur la voie du développement. L’exemple le plus récent est la politique gaullienne. Il est inutile de redire ce qu’à peu près tout le monde sait sur le rôle de l’Etat dans l’esprit du général de Gaulle, l’élection du président de la République au suffrage universel, etc. Insistons ici sur la dimension économique. Durant les Trente Glorieuses, la croissance économique française est exceptionnelle à plus d’un titre : par rapport à ses propres performances dans le passé tout d’abord, mais aussi et surtout par rapport aux autres pays industrialisés. A un accroissement annuel de leur revenu national de 2,7% pour la Grande-Bretagne et de 3,6% pour les Etats-Unis sur la période, la France affiche un insolent 5%. A cet égard, tout le monde a aujourd’hui oublié que la France était alors l’une des principales locomotives de la croissance mondiale des années 50 et 60. Or il est difficilement le lien entre ces performances et le rôle de l’Etat est difficilement contestable. Il n’est pas inutile de rappeler qu’en 1949, 47% des investissements nationaux proviennent de fonds publics. Reconstruction, dira-t-on. Soit. Mais alors comment expliquer que ce pourcentage sera encore d’environ un tiers jusqu’au début des années 70 ? Les nationalisations opérées par le Général de Gaulle à la Libération et la politique économique et industrielle vigoureuse que ce dernier a mené durant les années 60 ont propulsé la France au rang des pays les plus industrialisés et les plus riches du monde. Tous les fleurons de l’industrie française, le Concorde, Airbus, Ariane, les grands champions nationaux des Télécoms, du gaz, de l’électricité, l’armement, sont des créations de l’Etat.

Toutes les sources de financement de l’économie, les banques et les institutions financières émanent aussi de l’Etat, qui pendant des décennies, a orienté les capitaux prioritairement vers l’investissement, et par un cloisonnement des marchés et des taux d’intérêt administrés a permis que des secteurs productifs entiers bénéficient d’argent à faible intérêt. Faute de quoi, il n’aurait servi qu’à la spéculation. L’un des aspects les plus spectaculaires de cette intervention de l’Etat dans l’économie d’après-guerre a sans conteste été la planification. Celle-ci, en canalisant les ressources du pays vers la production industrielle, a permis de stimuler le développement économique du pays. On ne prendra pour exemple que le plan Hirsch (1954-1957) qui encourage la production de biens de consommation, l’amélioration de la productivité et met l’accent sur le logement et l’aménagement du territoire. De la même manière, le Quatrième Plan (1962-1965) s’efforce de tenir compte de la pression démographique provenant notamment du retour en Métropole des Français d’Algérie : il ordonne qu’une priorité soit donnée à la production d’équipements collectifs, avec un effort maintenu sur les biens de consommation.

On peut multiplier les exemples, en prendre d’autres dans le domaine des relations internationales ou dans la sphère sociale, mais la conclusion sera toujours la même : l’Etat est à la France ce que le marché est au monde anglo-saxon. A la lueur de l’histoire et de la culture française, il paraît raisonnable de dire que la France ne pourra s’en sortir en singeant l’Amérique, l’Allemagne ou la Chine. Ce n’est que du renforcement de ses propres avantages comparatifs qu’un pays peut espérer prospérer dans son ensemble. Les libéraux, partisans d’un libre-échangisme sans limites, devraient pourtant le savoir : eux qui affirment que les pays doivent se spécialiser dans ce qu’ils savent faire de mieux, pourquoi ne vont-ils pas au bout de leur logique et dire que la puissance de l’Etat en France est en soi un avantage comparatif ? Là encore, la mauvaise foi est reine.

L’avantage comparatif étatique de la France a toujours évolué et s’est toujours adapté à toutes les époques : la même analyse en termes de dynamique de l’avantage comparatif est valable pour l’Etat. Insistons un moment sur ce point : le Japon s’est construit un avantage comparatif sur le textile dès la fin du 19ème siècle avec l’ère Meiji. Au cours des années 30, il se reconvertit dans la production d’acier et d’armement, abandonnant progressivement le textile. Au cours des années 70, il se spécialise petit à petit dans l’électronique grand public, délaissant l’avantage comparatif précédent. Et ainsi de suite. C’est ce mécanisme que l’on nomme en économie la dynamique des avantages comparatifs, et qui est d’inspiration libérale. Deux remarques peuvent être faites : la première consiste à se demander d’où peut bien venir l’avantage comparatif que les libéraux adulent. La réponse se déduit aisément : dans la quasi totalité des pays, c’est l’Etat qui en est à l’origine. Cela s’explique par le fait que l’érection d’un tel avantage nécessite des investissements colossaux (voir le rôle de l’Etat au Japon dans les années 30 ou en Corée dans les années 70) dont toutes les entreprises nationales vont profiter mais qu’aucune n’est prête à financer. Et pour cause : à quoi bon financer des innovations que tout le monde peut, dans un second temps, récupérer gratuitement ?

L’avantage comparatif n’est donc pas une donnée, mais un construit, un construit étatique. La seconde remarque est qu’en France, l’Etat lui-même est régi par une telle dynamique : l’Etat napoléonien n’est pas celui de la Troisième République et n'est pas non plus l’Etat gaullien. A chaque fois, en France, l’Etat a impulsé, en même temps que l’avantage comparatif national, son propre avantage comparatif en redéfinissant son rôle et ses missions. En clair, l’Etat contribue à l’apparition d’un nouvel avantage économique plus moderne que le précédent. Parallèlement et au-delà, ce même Etat est amené à se repenser par rapport à la nouvelle civilisation économico-sociale qu’il a contribué à créer. L’apparition après la guerre de la société de consommation est emblématique de cette démarche. L’intervention massive de l’Etat après 1945 n’était pas simplement un effort de reconstruction des dégâts de la guerre. Petit à petit la logique a été clairement de propulser la France dans le club des pays les plus riches. L’avantage comparatif construit sur l’automobile, les usines clé en mains et l’industrie pétrolière a ainsi été créé sous l’impulsion vigoureuse de l’Etat.

La nouvelle civilisation ainsi créée devait amener l’Etat à réévaluer sa place dans l’économie et la société. Mais la sphère institutionnelle et étatique est toujours beaucoup plus lente au changement que la sphère économique. En effet, les innovations et les nouveaux produits apparaissent très vite : mais les transformations institutionnelles qui en dérivent sont plus inertes. La crise de mai 1968 (comme toutes les crises françaises précédentes) peut ainsi être appréhendée comme le refus de l’Etat (c’est-à-dire des élites au pouvoir qui profitent de l’ancien système) de repenser son rôle dans une société dotée d’un nouvel avantage comparatif qui a chamboulé la perception économique et sociale des individus. Les citoyens se sont donc mis à penser puis à réclamer violemment une redéfinition du rôle de l’Etat. Le paroxysme de cette logique a été atteint avec la crise de mai 1968, dont les slogans principaux tournaient justement autour d’un changement de société, c’est-à-dire d’Etat. Le problème vient du fait que la réponse qui a été donnée après 1968 a été totalement erronée. On pensait qu’en donnant les clés du pouvoir à ceux-là mêmes qui s’étaient rebellés contre l’Etat, on obtiendrait d’eux la meilleure des réponses aux nouveaux défis posés par la nouvelle société. Il n’en a rien été. Ce à quoi l’on a assisté fut un hold-up par lequel les élites soixante-huitardes ont détourné l’Etat à leur profit, après avoir bénéficié du bonheur économique du plein emploi. Ils tiennent aujourd’hui la place et l’attitude des « petits bourgeois » qu’ils pourfendaient naguère … avec la mauvaise conscience en prime.

Prioriser les travailleurs français et soulager les plus pauvres, c’est populiste

Dans un paragraphe intitulé « soutenir les entreprises…en revenant à l’administration des prix et de salaires », l’auteur rappelle la proposition visée dans le programme du Front National : « s’agissant des services publics commerciaux (transports, énergie notamment), l’Etat réglementera les tarifs de l’électricité et du gaz, il imposera des tarifs plafonds à tous les opérateurs des transports publics locaux ; les taux des crédits à la consommation et des crédits immobiliers contractés par des particuliers feront l’objet d’un encadrement législatif et réglementaire ; les prix de certains produits alimentaires de première nécessité (lait, pain, sucre, beurre, farine, etc.) feront l’objet d’un encadrement légal afin d’en assurer l’accès à tous les revenus y compris les plus modestes ». Comment l’analyse-t-il ? « L’air de rien, en trois phrases, le Front National propose de rétablir l’encadrement administratif des prix dans des pans entiers de l’économie : énergie, transport, agriculture, banque et assurance » (page 67). Là encore, le propos de l’auteur est insincère puisque l’encadrement des prix dont il est question n’est en rien général, comme il le fut dans les années 50, mais porte uniquement sur certaines produits de base et ne concerne qu’une certaine catégorie de personnes.

Ajoutons à cela le fait que cet encadrement existe déjà dans plusieurs secteurs, y compris bancaire avec le solde bancaire insaisissable, où la complexité de la législation en matière de coupure d’électricité, d’eau ou de gaz. Le programme du FN propose à juste titre de les clarifier. En quoi est-ce si dangereux ? Quant à l’encadrement des prix de certains produits, là encore la multiplication des restos du cœur et autres magasins dits sociaux vendant à faibles prix des biens de première nécessité, qui touche des millions de nos concitoyens, montre qu’il existe des circuits d’approvisionnement hors marché qui s’adressent à des catégories dont la faiblesse des revenus les exclut de fait des circuits de droit commun. Pourquoi ne pas systématiser la logique et la globaliser en la clarifiant ?

Remettre le marché agricole au service des producteurs et des consommateurs, c’est populiste

L’auteur ne s’embarrasse pas de ces détails, ancrant involontairement l’idée que sa contribution n’est pas une réflexion mais une succession de fatwas, baignant dans un océan de propagande. Ainsi, il n’hésite pas à enchaîner sur les « mesures favorisant un partage de la valeur ajoutée plus favorable aux producteurs » qu’il présente comme contradictoires avec la mesure précédente d’encadrement des prix de certains produits. Force est de constater que ladite contradiction ne saute pas aux yeux ! Calan s’emmêle d’ailleurs allègrement les pinceaux en écrivant, en guise de conclusion à ce qu’il croit être une démonstration : « garantir à la fois des prix minimaux aux agriculteurs et des prix maximaux aux consommateurs : les « patriotes » sont très forts » (page 69). On aura compris que l’auteur voulait dire l’inverse et on lui fait grâce de cette erreur. N’empêche qu’à force de voir partout des contradictions et de traiter les problèmes avec désinvolture et malhonnêteté, on finit par écrire n’importe quoi.

Tout le monde – sauf peut-être l’auteur – sait pertinemment que le marché des produits agricoles est en réalité tripartite c’est-à-dire indirect : en clair, il n’y a pas de rencontre direct entre l’offre (les producteurs agriculteurs) et la demande (les consommateurs). Au milieu, il y a toute une ribambelle d’intermédiaires : la grande distribution mais aussi l’industrie agroalimentaire n’en étant que la face émergée. On peut donc très bien garantir des prix minimaux aux consommateurs et des prix maximaux aux producteurs pour peu qu’on fasse pression sur les frais d’intermédiation absolument exorbitantes ponctionnées par les intermédiaires et qui sont responsables de la paupérisation tant des producteurs que des consommateurs. Il en est du secteur agricole comme du secteur bancaire : lorsque les lois bancaires de janvier 1984 ont aboli l’intermédiation bancaire, les services bancaires ont vu leur prix chuter drastiquement… Oui, Monsieur de Calan, les patriotes sont effectivement très forts. L’auteur, que le grotesque n’a pas l’air d’effrayer, n’hésite pas à écrire que grâce au FN, « des armées d’inspecteurs et de liasses de formulaires vont revenir au sein des entreprises vérifier que leurs prix de vente permettent bien l’accès des produits à tous les revenus ». Risible…

Mettre fin au carcan de Bruxelles pour redonner vie à la politique industrielle nationale, c’est populiste

La fin de ce chapitre est consacrée à la politique de concurrence. Là encore, l’auteur prend un ton malin pour expliquer une contradiction qui n’en est pas une. Comme précédemment, il juxtapose deux mesures :

  • « La France remettra en cause l’ensemble des contraintes absurdes imposées par l’Union européenne et qui interdisent, au nom d’une politique de la concurrence dévoyée, toute politique industrielle réelle. En particulier, une renégociation des traités européens mettra fin au dogme de la concurrence libre et non faussée qui promeut en réalité la loi de la jungle » ;
  • « Les moyens de l’Autorité de la Concurrence seront renforcés et les sanctions accrues. Les ententes illicites et les abus de position dominante feront l’objet de sanctions pénales. Un Etat fort doit pouvoir mettre fin aux pratiques abusives des grands groupes, comme par exemple dans le secteur des télécommunications ».

Ces deux propositions parlent bien de la politique de concurrence mais concernent deux domaines différents, si bien qu’aucune contradiction ne les caractérise. La première concerne la politique industrielle et doit restituée aux côtés de la proposition relative au protectionnisme. Aujourd’hui, le droit européen interdit en effet toute aide publique à une entreprise en difficulté, que cette difficulté soit conjoncturelle ou structurelle. La politique industrielle, quant à elle, implique effectivement une protection des industries dites « en enfance » (on lira les apports de l’économiste Friedrich Liszt), cette protection s’entendant tant sur le plan douanier que sur le plan financier. Cette proposition a, du reste, été allégrement appliquée par les Etats-Unis dans les années 60 et 70, ce qui leur a permis de financer la montée en puissance des nouvelles technologies de la communication et de l’information. L’idée économique sous-jacente a été amplement explicitée plus haut : l’avantage comparatif d’une nation, cher à Ricardo et à l’école libérale et fondement du commerce international moderne, n’est pas une donnée mais un construit et un construit étatique. Ce sont bien les Etats et la dépense publique qui explique les miracles japonais, coréen, chinois et d’autres. C’est aussi l’investissement public massif de l’administration Reagan qui explique aujourd’hui la supériorité technologique américaine et son irréversibilité. Eh oui, Monsieur de Calan, internet est à l’origine un programme financé par le budget américain de la défense et si les normes européennes avaient été appliquées alors, vous en seriez encore au gramophone enregistreur !

S’agissant de la seconde proposition, elle renvoie à un tout autre domaine. Là où la première s’intéresse à l’émergence du marché du point de vue chronologique et à la montée en puissance de firmes dans de nouveaux domaines, celle-ci concerne le marché arrivé à maturité avec des firmes dont la concurrence est uniquement basée sur les prix. Il s’agit dans ce cas de figure de maintenir ce que la théorie économique appelle une « workable competition » c’est-à-dire une concurrence praticable, en empêchant les coalitions et autres ententes illicites dont les victimes sont toujours les consommateurs. Cette théorie est à la base de toutes les lois anti-trusts adoptées aux Etats-Unis entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle (Shermann Act, Clayton Act, etc.) et encore dans les années 80. Les Etats-Unis sont le pays par excellence où ces deux propositions sont concomitamment et amplement appliquées.

Donner du pouvoir d’achat aux salariés les plus modestes, c’est populiste

Parmi la succession de sottises que cache la « Vérité » de Calan, apparaît la seule critique censée de l’ouvrage, celle relative au financement des 25 Mds EUR découlant d’une hausse de 200 euros du SMIC. Le programme du FN propose un accroissement de 3% des droits de douane touchant les importations des pays hors OCDE pour faire simple. Cette hausse équivaudra à 6 Mds EUR. Restera en effet 19 Mds à financer. Certes, le programme du FN est approximatif sur ce point mais on peut raisonnablement penser que les droits de douanes déjà proches de zéro pourraient augmenter de 5% au lieu des 3%. Cela comblerait une partie du restant à financer. Le reste pourrait très bien provenir des économies réalisées sur les domaines aujourd’hui idéologiquement sanctuarisés comme l’immigration qui a un coût important. Il faut ajouter que, contrairement à ce qu’affirme Maël de Calan, la hausse des droits de douane ne sera pas forcément supportée par le consommateur. L’expérience montre que les faibles hausses de prélèvements obligatoires sont quasi neutres sur le niveau des prix. Ainsi, les hausses successives de la TVA ces dernières décennies n’ont jamais été répercutées sur les consommateurs, laissant constant le niveau d’inflation. En effet, quand ces hausses sont modestes, les entreprises parviennent à les amortir soit dans leur marges soit par des économies dans d’autres domaines de leurs activités.

C’est peu ou prou la même logique qui prévaut en cas de hausse du SMIC. L’auteur mobilise des « études », dont il ne donne jamais les références, montrant qu’une augmentation de 1% du SMIC créé 25.000 à 30.000 chômeurs supplémentaires. De telles affirmations sont sujettes à caution. D’une part, le SMIC revêt deux réalités : parle-t-on du revenu touché par le smicard ou de celui payé par l’employeur ? Le SMIC employeur est un SMIC « chargé » c’est-à-dire incluant les charges sociales payées par ce dernier et qui correspondent quasiment au double de ce que perçoit le salarié. Une hausse du SMIC pour le salarié, qui est bien l’objectif visé par le programme du FN, peut très bien être financé par une baisse équivalente des charges sociales qui s’intercalent entre l’employeur et le salarié. Et dans un tel cas de figure, les effets économiques adverses dénoncés par Calan sont nuls puisque le coût du travail resterait inchangé. C’est au demeurant la même baisse des charges sociales appelée de leurs vœux tant par les socialistes que – plus encore – par la droite qui n’ont jamais eu le courage de la mettre en œuvre qui est ici ressuscitée.

Deux autres « contradictions » relevées par l’auteur s’avèrent également de grossières mystifications. « L’impôt sur les sociétés sera modulé pour inciter les entreprises à adopter une politique salariale plus généreuse et distribuer davantage de leurs profits à leurs salariés ». Cela revient pour Calan à une double taxation, une double peine. Là encore, la mesure n’est pas nouvelle. Il ne s’agit ni plus ni moins que de redonner vie à la participation chère à de Gaulle. Si l’on accepte l’idée, somme toute banale, que les profits des entreprises sont autant les fruits de l’investissement du patron que du labeur des salariés, quoi de plus normal à ce que ces fruits soient équitablement partagés ? Or les exemples abondent aujourd’hui qui montrent qu’ils ne le sont quasiment pas : combien de PDG s’octroient des augmentations de salaires à deux chiffres quand ils ne concèdent que péniblement quelques miettes d’augmentation à leurs salariés ?

En ce qui concerne les entreprises du secteur de l’énergie, le programme du FN prévoit que « en cas d’envolée des prix des carburants, un plan sera adopté : abaissement de 20% de la TIPP compensé par une surtaxe des superprofits des grands groupes pétroliers et gaziers ». Calan en est estomaqué et on se demande bien pourquoi. Car il est un fait que lorsque les prix des hydrocarbures s’envolent, les marges des majors s’envolent également. Si l’on considère en parallèle le fait que les carburants ne sont pas un bien comme un autre car leur marché est oligopolistique, en clair, que la clientèle est quasi captive, il est bien normal que cette distorsion de marché ne puisse profiter de manière pleine et entière aux seules entreprises. Il ne s’agit évidemment pas de subventionner les prix de l’énergie mais bien de s’assurer que dans un contexte de tension extrême sur les prix, il n’y ait pas d’un côté quelques gagnants qui s’en mettent plein les poches et de l’autre une multitude de perdants qui mettent, eux, les mains dans les leurs…

Chapitre II.-

Le Ventriloque de la Doxa européenne

Le chapitre 3 du livre traite du cœur du réacteur idéologique de Maël de Calan à savoir des conséquences de l’euro et de l’Union européenne sur l’économie française. Les paragraphes que Calan y consacrent ne sont qu’une succession inouïe de dénis de réalités conjugués à une bonne dose de mauvaise foi. C’est que ce sujet concerne les dogmes les plus sacrés de la religion euro dont il est l’un des plus fidèles disciples et cela se sent. Avant même de rentrer dans le détail, je soumets à la sagacité du lecteur les intitulés de ces paragraphes, à eux seuls évocateurs : « l’euro n’est pas responsable de la vie chère », « l’euro n’est pas responsable de la désindustrialisation », « l’euro n’est pas responsable de l’austérité », etc. On hésite entre se frotter les yeux ou exploser de rire. Enfermé dans une étrange dévotion, il refuse d’emblée la possibilité que l’euro et l’Union européenne puissent être ne serait-ce qu’une cause lointaine de la situation que nous connaissons. Force est de constater, non sans une certaine tristesse, qu’à un tel niveau de dogmatisme, le débat relève de la gageure…

L’euro ne peut être responsable d’une crise des guillemets

Dans le premier paragraphe intitulé « l’Union européenne et l’euro sont-ils responsables de la « crise » ? », l’auteur reproduit des propos figurant dans le programme du FN qui relèvent pourtant de l’évidence aux yeux de l’écrasante majorité de citoyens : « le bilan de l’euro est désastreux ; depuis la création de la monnaie unique, la zone euro est la région du monde qui connaît la plus faible croissance. Le taux de change est beaucoup trop élevé pour la France accélérant les délocalisations et la désindustrialisation du pays. Le refus (en fait l’impossibilité, NDLR), de l’ajustement monétaire condamne les peuples à subir des plans d’austérité qui ne font qu’aggraver la crise. Au-delà d’une spectaculaire envolée des prix, le constat est le suivant : d’un côté l’austérité, de l’autre la multiplication des plans de renflouement pour les pays victimes de l’euro ». Rien que la stricte observation des faits avec un zeste de bon sens ? Non, répond Calan. Et d’enchaîner sur la proposition programmatique du FN visant à remédier à cette situation : « la France doit préparer avec ses partenaires européens l’arrêt de l’expérience malheureuse de l’euro et le retour bénéfique aux monnaies nationales qui permettra une dévaluation compétitive. Il conviendra d’adopter des mesures de contrôle des mouvements de spéculation des capitaux. Les banques de dépôt feront l’objet d’une nationalisation partielle aussi longtemps que nécessaire. Une taxation exceptionnelle des actifs extérieurs libellés en euros détenus par les banques sera établie ». Bien évidemment Maël de Calan s’inscrit totalement en faux tant contre le constat que contre la proposition. Comment pourrait-il d’ailleurs en être autrement puisqu’il va jusqu’à nier que l’économie française est frappée par la crise ? On découvre ainsi avec effarement que l’auteur n’évoque la crise qu’en usant de guillemets, comme l’atteste l’intitulé même de ce paragraphe !

Tsipras et Varoufakis, responsables de la crise grecque !

Comme il ne parvient pas à trouver d’arguments théoriques et empiriques lui permettant d’expliciter son refus, il n’hésite pas à donner dans le mensonge. « Un beau programme, se contente-t-il de rétorquer, que Tsipras et Varoufakis envisageaient pour la Grèce, conduisant en quelques semaines leur économie en récession et leur système bancaire à la faillite ». On croit rêver ! Ainsi donc, si l’on suit le raisonnement de Maël de Calan, l’économie et les banques grecques étaient en bonne santé, jusqu’à ce que Tsipras et Varoufakis « envisagent » (sans même l’appliquer !) ce programme. Maël de Calan ignore-t-il que la chute vertigineuse de l’économie grecque a commencé dès 2009 et que la principale cause en a été l’euro qui lui a permis de s’endetter aux conditions allemandes (très favorables) mais que, crise financière oblige, il a fallu rembourser ? Ignore-t-il que Tspiras et Varoufakis avaient effectivement envisagé ce plan pour sauver ce qui pouvait l’être et tenter de sortir le pays de l’ornière dans laquelle l’euro les a mise ? Ignore-t-il que pour rendre une politique économique responsable des résultats constatés, encore faut-il que cette politique fut appliquée, ce qui, dans ce cas d’espèce, ne l’a jamais été ? Comment peut-on aussi outrancièrement farder la vérité, sans tomber dans ce que l’on dénonce, à savoir la démagogie et le populisme ?

Sortir de l’Union européenne et les dix plaies d’Egypte

Puis l’auteur d’enchaîner : « après l’euro et tant qu’à faire, la France sortira aussi de l’Union européenne, bien que Mme le Pen n’assume pas complétement cette proposition qui la disqualifierait aux yeux de millions de Français ». Il est vrai qu’affirmer sa volonté de sortir de l’Union européenne serait mal vue, non parce qu’il s’agit d’une mauvaise mesure mais parce que tout ce que le système en place depuis 40 ans compte de moyens d’influencer l’opinion se mettra en ordre de bataille pour discréditer l’idée et clouer son initiateur au piloris. Mais sur le fond, que nous a apporté l’Union européenne depuis Maastricht à part une neutralisation des démocraties nationales, une captation mortifère de souveraineté et une hyperinflation législative et réglementaire corsetant les nations européennes ? Car, comme c’est désormais et fort heureusement, un secret de Polichinelle, l’Union européenne est une construction américaine, permettant d’asservir les Etats européens au marché et aux multinationales américaines. Et quand, au début des années 60, de Gaulle a tenté d’orienter le projet vers une Europe européenne, une Europe indépendante à la fois des Etats-Unis et du bloc de l’Est, l’initiative s’est fracassée sur le préambule adjoint au traité de l’Elysée par le Bundestag en 1963 et qui réaffirmait l’atlantisme de l’Allemagne. Avec l’entrée de la Grande-Bretagne au sein de l’Union, celle-ci a définitivement perdu toute velléité d’indépendance, de Gaulle y voyant, à juste titre, un cheval de Troie américain. Maël de Calan oublie-t-il que les Etats-Unis ont usé de toute leur influence afin que l’euro soit adopté par le plus grand nombre d’Etats européens ? Oublie-t-il qu’ils sont revenus lourdement à la charge entre 2013 et 2015 afin que la Grèce soit maintenue dans la zone euro ? Si l’euro avait été un instrument au service d’une Europe réellement indépendante comme nous l’ont présenté ses thuriféraires au moment de sa mise en place, comment se fait-il qu’une puissance étrangère le soutienne autant ? Un tel soutien sur une aussi longue période n’est-il pas le signe que l’euro est bien un instrument au service de l’intérêt américain ? Le rôle que joue les Etats-Unis en ce moment contre le Brexit est à lui seul une preuve accablante…

L’euro, pas responsable d’une chute inexistante du pouvoir d’achat

Sans se démonter le moins du monde, l’auteur poursuit sa malhonnête embardée, non sans prendre la peine de préciser que « l’ennui avec les affaires économiques et monétaires c’est que les raisonnements deviennent très vite techniques et presque incompréhensibles pour le commun des mortels ». Involontaire aveu d’humilité de sa part, car commun des mortels il l’est assurément, après tant d’inepties économiques et monétaires ! Et celles-ci continuent de plus belle avec le paragraphe intitulé « l’euro n’est pas responsable de la vie chère ». « Selon le FN, écrit-il, l’euro serait ainsi l’un des principaux responsables de la dégradation du pouvoir d’achat des Français. Cette affirmation est un double mensonge ». Pour l’auteur et contrairement à ce que tout un chacun a ressenti au moment de l’entrée en vigueur de la monnaie unique, « l’affirmation selon laquelle les prix se sont envolés est tout simplement fausse ». Comment prouve-t-il sa thèse ? En mobilisant les taux d’inflation relevés par l’INSEE au début des années 2000. Le recours aux statistiques de cet institut est une double erreur. D’abord, les chiffres de l’INSEE sont calculés à partir de paniers moyens qui ne reflètent pas toujours le panier des consommateurs que nous sommes. Cela est déjà vrai en période normale ; a fortiori quand il y a un bouleversement aussi tellurique qu’un changement de monnaie. Par ailleurs, l’INSEE est un organisme dépendant de Bercy, la Rome de la monnaie unique. On peut donc raisonnablement douter de la sincérité des chiffres de l’inflation publiés immédiatement après l’introduction de l’euro. L’économiste René Ducret, écouté du FMI et ardent défenseur de l’euro (donc peu suspect de souverainisme crypto-gaulliste) écrit en 2012 : « il faut bien admettre que l’euro, notamment lors de son lancement, a eu pour inconvénient d’être un facteur d’inflation pour au moins quatre raisons cumulatives :

  1. La dévaluation déguisée : juste avant son introduction l'euro oscillait entre 6,14 et 6,28 francs. Or, il a été introduit à près de 6,56 ! Soit une dévaluation « compétitive » importante, de : + de 6 % ! Donc facteur d'inflation, de perte de pouvoir d'achat, mais passée totalement inaperçue ! Curieux que personne n'ait jamais soulevé le lièvre ! (sic) ;
  2. L’inflation en valeur nominale : le même prix, en euro est donc 6,5 fois inférieur à celui en franc. Depuis 10 ans c'est un facteur d'inflation « psychologique » car cela passe bien mieux pour glisser une hausse des prix ;
  3. L’inflation « matérielle » : l’euro n'est qu'une pièce tandis qu’un dollar américain est un billet. Cette différence est également facteur (important) d'inflation « psychologique » ;
  4. L’inflation par le taux d’intérêt : trop bas, les taux pratiqués par la BCE ont des effets pervers, par exemple favoriser l'inflation, notamment des prix de l'immobilier, comme cela a été le cas en Espagne, en Grèce et, dans une moindre mesure en France ».

S’ajoute à ces arguments, le fait que tous les économistes et toutes les études prétendant que l’euro n’a pas eu d’effet inflationniste s’appuient exclusivement sur les chiffres de l’INSEE… Comme si la pensée unique était servie par une statistique unique…

Avant l’euro, la France était dans la préhistoire monétaire !

« Le régime auquel le FN se propose de revenir, celui d’une monnaie manipulée par l’Etat et d’un Franc qui serait régulièrement dévalué, aboutirait à revenir à l’inflation des années 70 et 80 (entre 7 et 9% en moyenne qui ponctionnait considérablement le pouvoir d’achat des ménages et faisait fondre leur épargne », enquille l’auteur, dans une sorte de gradation eschatologique. L’idée qu’il est rare de trouver autant de contrevérités en si peu de mots en sort renforcée :

  • En premier lieu, il n’est pas besoin de remonter aux années 70 pour avoir des monnaies manipulées par l’Etat ; cette manipulation monétaire est aujourd’hui la règle dans le monde, une règle à laquelle justement seule la zone euro échappe, avec les conséquences économiques désastreuses que l’on sait. Dans 99% des pays du monde, la monnaie reste un instrument étatique au service d’une politique de puissance. Sans même évoquer le cas de la Chine qui trouve un terrain d’application évident de cette thèse, qu’appelle-t-on les assouplissements quantitatifs (les fameux quantitative easing) menés massivement par les banques centrales américaine, japonaise, britannique et bien d’autres depuis 2007 sinon une tentative indirecte d’infléchir à la baisse le cours de la monnaie pour revigorer par la dévaluation l’activité économique ? Le fait que la BCE ait été la seule depuis 2007 à ne pas engager de tels programmes explique à lui tout seul la stagnation économique sans précédent de la zone euro, la seule au monde qui n’ait pas renoué avec la croissance…
  • En second lieu et s’agissant d’un retour à l’inflation, aucun économiste ne peut suivre de Calan en y voyant une sorte de retour en enfer. En effet, le risque principal qui guette la zone euro aujourd’hui n’est certainement pas un risque inflationniste, c’est le moins qu’on puisse dire, puisque c’est plutôt la déflation qui guette la zone euro. C’est d’ailleurs cette crainte qui a convaincu finalement la BCE de lancer son propre assouplissement quantitatif début 2015, huit ans après les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, même si cet assouplissement reste trop modeste et trop drastiquement conditionné pour avoir un quelconque effet. Le retour au Franc permettra ni plus ni moins une politique monétaire et de change identique à celle que mène tous nos partenaires dotés d’une souveraineté monétaire.
  • En troisième lieu, Maël de Calan, élevé comme ses maîtres dans une sorte de phobie de l’inflation, ne fait ici que bêler les slogans appris qui se résument en vade retro satanas ! En réalité cette phobie est aussi une phobie de classe. Comme l’a admirablement montré John Keynes dans un article paru en 1923 intitulé Inflation et Répartition, l’inflation a des effets sociaux considérables, appauvrissant les rentiers et contribuant à l’enrichissement de nouvelles classes sociales dont l’endettement est rendu indolore grâce à la hausse des prix. Maël de Calan fustige ainsi une inflation qui, en France, a rendu possible l’accession à la propriété de millions de Français dans les années 60 et 70. La désinflation idéologique pratiquée par la BCE apparaît ainsi également comme le moyen de protéger au niveau supranational le niveau de vie des rentiers, le rendant inatteignable par de simples politiques nationales. L’Union européenne et la zone euro sont ainsi et avant tout l’union des rentiers et la zone des privilégiés !

D’ailleurs l’auteur ne s’en cache pas, n’hésitant pas à écrire page 92 : « c’est bien l’un des principaux atouts de l’euro que de constituer une monnaie forte et stable sur laquelle les entreprises peuvent avoir confiance et qui ne perdra pas de sa valeur d’une année sur l’autre et non pas d’une monnaie faible et manipulée sur laquelle on ne peut plus rien bâtir ». En clair, conserver les patrimoines et les rentes chez ceux qui ont eu l’heur de les constituer du temps de l’inflation et empêcher toute nouvelle fortune roturière d’émerger…

L’euro explique … l’industrialisation française !

A présent que l’auteur croit avoir démontré que l’euro n’est pas responsable de la vie chère, il élargit son déni à un autre domaine, celui de la désindustrialisation de la France, qu’il admet tout en dédouanant l’euro de toute responsabilité en la matière. Sur le même mode que Malestroit qui ne voyait d’inflation nulle part, Calan écrit : « Voir des phénomènes est une chose, énonce-t-il page 97 ; les comprendre en est une autre ». Il ne croit pas si bien dire lui qui, tout au long du livre, voit les choses de travers et, quand il les voit droit, les comprend de travers.

  • « D’abord, croit-il expliquer, les faibles performances économiques préexistaient à la création de la monnaie unique : dans les années 80 et 90, l’actuelle zone euro affichait déjà des taux de croissance et d’emploi plus faibles que les autres grandes zones économiques ». Certes, l’observation est vraie mais son explication ne l’est pas et ce pour deux raisons :
    • La première est que la politique monétaire restrictive n’a pas commencé avec l’euro, tant s’en faut. Si elle a atteint des niveaux paroxystiques avec la monnaie unique, elle a en réalité été mise en œuvre, en France, dans le sillage de ce que l’on a appelé le « tournant de la rigueur » en 1983. La désinflation compétitive appliquée par Jacques Delors et poursuivie par tous les gouvernements à partir de 1986 a, en effet, considérablement affaibli l’économie française dans les années 80 avec une accélération du décrochage dans les années 90. L’idée qui préside à la politique monétaire française depuis les années 80 est que le Franc doit converger avec le DM pour rendre le projet de monnaie unique possible. Cette politique s’est traduite, en 1993, par une récession sans précédent depuis la Seconde guerre mondiale et la faillite de plusieurs dizaines de milliers d’entreprises, occasionnant l’explosion d’un chômage qui ne s’est jamais résorbé depuis. C’est dire que la logique d’une monnaie forte, d’une part ne date pas de l’euro et d’autre part explique en grande partie les « faibles performances économiques » des années 80 et 90 constatées par Maël de Calan. Le problème est ainsi moins un problème de monnaie (le franc, l’euro, etc.) qu’un problème de politique monétaire. Si on retourne au Franc et qu’on continue de gérer celui-ci comme on a géré l’euro, alors, on l’aura compris, le changement de monnaie n’aura servi à rien. La question ne relève pas du fétichisme de la monnaie, mais bien de la stratégie sous-jacente en ce domaine ;
    • La seconde est que, à supposer, que le décrochage français date d’avant l’euro, le moins qu’on puisse dire est que, contrairement aux promesses faites par ses ayatollahs, celui-ci n’a en rien enrayé le phénomène, bien au contraire. Le décrochage s’est amplifié et accéléré. Rien que cela mérite qu’on fasse une pause dans la monnaie unique afin de dresser un bilan de ses effets sur l’économie.
  • « Par ailleurs, poursuit l’auteur, la grande majorité des pays de la zone euro s’en sort très bien sur le plan commercial : l’euro trop fort que Mme le Pen rend responsable de toutes nos difficultés, n’empêche pas la zone euro dans son ensemble et la majorité des pays de la zone euro d’être en excédent commercial ». Là encore, la présentation des faits est pour le moins biaisée quand elle ne relève pas de la provocation pure et simple. Car si en effet la zone euro dans son ensemble a connu un excédent commercial de 246 Mds EUR en 2015, après un excédent de 184,3 Mds en 2014, la quasi totalité de cet excédent provient de l’excédent commercial allemand. L’Allemagne a, en effet, enregistré un excédent commercial record de 248 Mds EUR, soit 2 Mds de plus que l’excédent de tous les pays de la zone euro réunis ! Que démontrent ces chiffres au final ? Qu’en effet, l’euro est une monnaie très bénéfique… pour l’Allemagne et ses satellites économiques (grosso modo, les pays de la Mittel Europa et certains pays du Nord de l’Europe). Et pour cause, puisque dans sa conception comme dans sa gestion, l’euro n’est qu’un Deutsch Mark élargi à l’ensemble des pays membres. Il est donc bien normal que l’Allemagne dont la monnaie a servi de calibrage unique de la monnaie européenne a poursuivi avec l’euro les performances économiques et commerciales qu’elle enregistrait déjà sur le long terme avec le DM. Et sans sourciller Maël de Calan poursuit : « la plupart de nos voisins n’ont pas souffert de l’euro ou en ont largement bénéficié » ! Oubliés donc la Grèce, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande, la France et leurs importantes difficultés qui ont menacé sa pérennité même. Vae victis donc ; pour Calan, la zone euro se limite aux vainqueurs, l’Allemagne et quelques pays du Nord. « A l’inverse, le Royaume-Uni, dont Mme le Pen célèbre l’exemple, connaît un déficit commercial considérable et a vu ses parts de marché à l’export diminuer dans les mêmes proportions que la France ». D’où l’on conclut que l’euro n’a, au mieux, servi à rien. Au pire, il a été néfaste si l’on élargit l’exemple britannique aux domaines de la croissance et de l’emploi, ce que, trop occupé à complaire à son maître Juppé, Calan passe habilement sous silence. Car là où la croissance de la zone euro stagne depuis 7 ans autour de 1%, la croissance britannique elle affiche un insolent 3%. Et l’écart est encore plus spectaculaire sur le front de l’emploi : là où la zone euro devient peu à peu la patrie attitrée du chômage de masse, le Royaume-Uni renoue presque avec le plein-emploi depuis deux ans ! Ces résultats sont évidemment à restituer aux côtés de la politique monétaire massivement expansionniste de la Bank of England, dans le sillage de ses assouplissements quantitatifs successifs. En ce qui concerne les entreprises que Calan croit défendre au travers de son réquisitoire pro euro fort, convoquons Louis Gallois qui, en 2013, alors qu’il était président d’Airbus, résume parfaitement la problématique : « l’euro fort a été un élément de divergence massif et de dissolution de la solidarité industrielle européenne ; la réalité est que seules les économies fortes, Allemagne en tête, ont bénéficié de l’euro fort depuis 2005 ». En 2008, il va jusqu’à affirmer : « l’euro fort asphyxie l’industrie française, en laminant ses marges à l’exportation ». Marine le Pen ? Non Louis Gallois ! Mais plus encore, dans un entretien accordé au Figaro en 2011, Yvon Jacob alors ambassadeur de l’industrie, chargé de relayer la stratégie française en Europe déclarait : « L'euro atteint des niveaux que nous avions déjà connus il y a deux ans, c'est une situation insupportable pour les sociétés, surtout celles qui exportent. Nombreux sont les patrons qui me disent que cela remet en cause leur compétitivité, et que cela renforce les capacités de leurs concurrents à entrer sur le marché national. Certaines entreprises considèrent même être mises hors marché. Si une telle situation devait persister, ce serait inquiétant, cela pousserait à la délocalisation des achats, voire de certaines productions ». Et les citations de patrons, petits et grands abondent en ce sens. Mais doté de puissantes œillères, Calan s’entête dans le déni de l’évidence …
  • Troisième argument innocentant l’euro selon l’auteur : « Après avoir atteint un cours maximal de 1,60 dollar le 15 juillet 2008, la monnaie unique a chuté jusqu’à 1,1 dollar environ fin 2015 (soit une baisse de plus de 30%). Et pourtant la France demeure avec son déficit commercial et le chômage n’a cessé d’augmenter ». Sa lecture des chiffres s’est manifestement arrêtée en 2014 car il n’a pas vu qu’en 2015, le déficit commercial de la France s’est résorbé de plus de 22%, s’établissant à 45 Mds EUR, ce qui prouve bien que la dévaluation de la monnaie a un effet bénéfique, même s’il arrive avec un décalage de quelques mois, sur notre commerce extérieur. Couplée à la baisse des prix des hydrocarbures, cette dévaluation exogène contribue au léger redémarrage de la croissance française début 2016 avec 1,2% en rythme annuel.
  • Enfin, dernier argument en faveur de l’euro : « la stabilité monétaire est indispensable au développement économique. Comment les entreprises françaises pourraient-elles investir à l’étranger, comment les entreprises étrangères pourraient-elles investir en France si la profitabilité des projets était susceptible de varier de 25% d’une année sur l’autre parce qu’un gouvernement irresponsable aurait décidé de trafiquer sa monnaie ? ». C’est entendu donc, les Investissements Directs à l’Etranger (IDE) qu’ils soient sortants ou entrants sont nés en 2002 au moment de l’euro ! C’est entendu également que tout pays ne faisant pas partie d’une union monétaire, c’est-à-dire tous les pays du monde hors zone euro (!), n’investit pas à l’étranger et n’accueille pas d’investissements chez lui ! C’est entendu enfin qu’avant l’euro, il n’y avait aucune stabilité monétaire ! Maël de Calan devrait ouvrir un livre d’économie de Terminale pour étudier le SMI, le SME et les différents mécanismes financiers permettant de se couvrir contre les variations de change. Ah, idéologie quand tu nous tiens !

En dehors des causes officielles, toutes les explications de la crise sont populistes

Croyant ainsi avoir démonté un à un les arguments en faveur du rétablissement de la monnaie nationale, Calan lève un coin de voile sur ce qu’il estime être les causes des difficultés économiques françaises : « ce n’est pas l’euro fort qui explique les difficultés de nos entreprises et la perte de nos parts de marché mais les faiblesses structurelles dont souffre notre économie : coût du travail trop élevé, durée du travail trop faible, impôts et dépense publique trop lourd aboutissant à des marges des entreprises trop fragiles et à des investissements trop timides » (page 100). Ca n’est une surprise pour personne, le programme de bébé Juppé est donc recopié dans les recommandations de la Commission européenne. On ne peut toutefois s’empêcher de se poser une question gênante : si la cause des difficultés françaises était si évidente et si clairement identifiée, pourquoi la droite au pouvoir pendant de nombreuses années de 1985 à nos jours n’a pas entrepris de réduire le coût du travail, de supprimer les 35 heures, de réduire les impôts et la dépense publique ?

L’euro, une belle monnaie dont le cours est adapté à l’économie française !

Piétinant l’évidence, Maël de Calan s’enfonce : « l’euro n’est pas responsable de l’austérité ». Il reconnaît donc, et c’est une gageure après tant de dénis et d’aveuglements, que l’austérité est une réalité. « Selon le FN, l’euro nous imposerait des règles de gestion drastiques et douloureuses dont il serait plus confortable de se passer en acceptant un ajustement monétaire ». De fait, l’euro nous impose bien des règles drastiques et douloureuses : ce sont les critères de convergence des finances publiques fixées par le traité relatif à l’Union économique et monétaire signé à Maastricht. Ce n’est pas donc le FN qui le dit mais l’histoire économique. Quant à la nécessité de l’ajustement monétaire, c’est un lieu commun de l’économie internationale. La fluctuation des changes n’est ni plus ni moins que l’effet de l’évolution de la tectonique des économies mondiales les unes par rapport aux autres. Selon le mot heureux de l’économiste émérite, prix Nobel d’économie, Paul Samuelson : « l’économie réelle est le chien dont la monnaie est la queue ; en cas de choc asymétrique, mieux vaut que le chien reste fixe et que ce soit la queue qui bouge, plutôt qu’une queue rigide qui fasse bouger le chien. En clair, un ajustement monétaire est toujours préférable à un ajustement de l’économie réelle, forcément plus douloureux en termes de récession et de chômage ». C’est cela qui explique pourquoi tous les pays du monde ne souhaitent à aucun prix remettre leur souveraineté monétaire à une entité fédérale et pourquoi aussi 99% des monnaies du monde fluctuent les unes par rapport aux autres dans le cadre des changes flexibles. C’est aussi cela qui explique pourquoi, en l’absence d’ajustement monétaire au sein de la zone euro, les économies de la zone encaissent des ajustements réels épouvantables en termes de faible croissance, de chômage de masse et de pauvreté exponentielle…

L’austérité, l’un des mystères de l’Eglise européenne

Maël de Calan poursuit : « quand vos dépenses excèdent largement vos recettes, ce qui est le cas en France depuis 40 ans et que ces 40 années de mauvaise gestion ont engendré une dette colossale dépassant 95% du PIB (soit 2100 Mds EUR), un gouvernement n’a que trois options ». Avant d’aborder les trois options, plusieurs questions émergent spontanément. Qui a occupé le pouvoir pendant les 40 ans en question ? Qui est responsable de la mauvaise gestion visée dans cette phrase ? N’est-ce pas la droite d’Alain Juppé et de ses amis ainsi que de la gauche ? En plus de deux cents pages, Calan réussit l’exploit de ne jamais en parler, même incidemment ! Pour Calan, la « dette publique colossale » nous est tombée sur le coin de la figure un beau matin, tel un astéroïde…

Mais revenons aux trois options :

« Première option : combler les déficits en augmentant les impôts. Deuxième option, à la fois plus vertueuse au plan économique et plus efficace au plan budgétaire, combler les déficits en réduisant les dépenses publiques ». A aucun moment l’auteur ne dit que ces deux premières options, séduisantes en théorie, sont tout simplement inapplicables en l’état actuel des choses en France. Avec un taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés du monde, il est tout bonnement impossible d’accroitre encore les impôts, le seuil actuel étant déjà confiscatoire. Quant à l’option visant à réduire les dépenses publiques et qui a les faveurs de l’auteur, son efficacité n’est qu’une illusion comptable. Elle consiste à ne voir en l’Etat qu’un ménage qui vivrait au-dessus de ses moyens et dont la solution consisterait à adapter ses dépenses à ses recettes. Mais voilà, l’Etat n’est ni un ménage ni une entreprise. C’est l’Etat, c’est-à-dire un agent économique exorbitant du droit commun. Et en quoi est-il exorbitant ? Tout simplement dans le fait que les dépenses, comme les recettes de l’Etat ne sont pas neutres sur l’activité économique dans son ensemble. Et contrairement à un agent de droit commun, les dépenses de l’Etat ont un impact sur ses recettes. Il s’agit du circuit économique que les étudiants de première année de faculté d’économie apprennent.

  • Pour le volet recettes (c’est-à-dire les impôts et taxes) c’est évident : le revenu que prélève ainsi l’Etat vient en soustraction de la consommation des ménages et de l’investissement des entreprises, même s’il est consommé et investi par un autre canal, celui de la dépense publique.
  • Pour le volet dépenses, la dépense publique ne s’évapore pas dans l’espace : elle se décompose en dépenses de fonctionnement (dont le salaire des fonctionnaires) et en dépenses d’investissement, qui, en impactant des millions de ménages et des dizaines de milliers d’entreprises, ne peuvent être considérées comme neutres sur l’économie.

Si donc l’Etat entreprend une réduction drastique de ces dépenses, ce sera moins de fonctionnaires, moins de commandes publiques de consommation, moins d’investissements publics et donc, au final, moins d’activité économique et … moins de rentrées fiscales. Autant une politique de relance des dépenses publiques a un effet multiplicateur plus ou moins élevé sur l’activité selon le degré d’ouverture sur l’extérieur de l’économie, autant la réduction de ses dépenses entraîne un effet inverse de contraction de l’activité. Et cet effet est cumulatif, la baisse des dépenses publiques entraînant la contraction de la croissance, elle-même entraînant une baisse des rentrées fiscales avec au final un creusement du déficit budgétaire que la baisse initiale des dépenses était censée combattre. Et c’est exactement ce que l’on observe en France et en Europe depuis l’irruption de la crise des dettes souveraines en 2011. Croyant combattre le creusement des déficits par une austérité budgétaire sans précédent, on a en réalité obtenu une croissance anémique sur longue période conjuguée à une hausse des déficits et des dettes publics… Ces mécanismes économiques de base, Maël de Calan ne semble pas les connaître, ce qui ne l’empêche pas de s’enfoncer dans son ignorance avec un ton savant.

« C’est là qu’intervient la troisième voie, poursuit-il, laxiste et dangereuse : l’ajustement monétaire ». Bigre ! « Elle consiste à trafiquer (notez le choix des mots, NDLR) la monnaie en faisant tourner la planche à billets, à la fois pour réduire sa valeur (ce qui aidera les entreprises qui exportent) et pour financer le déficit (ce qui nous évitera d’avoir à le combler). Tout bêtement, on émettra chaque année la quantité de monnaie nécessaire pour financer nos déficits. Il manque 80 milliards pour boucler le budget ? Avec Mme le Pen, pas d’augmentation des impôts ni de baisse de dépenses : c’est la Banque de France qui imprimera 80 Mds EUR de nouveaux billets pour les prêter à l’Etat et le tour est joué ». Et l’auteur de préciser que cette solution qui a été utilisée sous la Révolution française et la République de Weimar, aboutit systématiquement à de l’hyperinflation et « a été abandonnée dans tous les Etats modernes ». Ces considérations sont fausses, tant sur le plan historique qu’en termes économiques :

  • Historiquement, tout d’abord, le financement monétaire du déficit public a été une réalité en France jusqu’en 1993, au moment où la Banque de France est devenue indépendante. Jusque-là, ce financement était gratuit ou se faisait au taux obligataire (proche de zéro), dans le second, il s’effectuait aux conditions du marché bancaire de droit commun, bien moins favorables ;
  • Economiquement, ensuite, si cette solution a été abandonnée en France, d’autres pays continuent à l’utiliser pour soulager la pression sur leurs budgets étatiques respectifs. Ainsi en est-il de l’autoproclamée patrie du libéralisme économique, à savoir les Etats-Unis mais pas seulement : le Royaume-Uni, le Japon, le Canada, et bien d’autres. Sans parler de la Chine. Dans ces pays d’ailleurs, la banque centrale ne bénéficie, dans le meilleur des cas, que d’une autonomie partielle. La FED américaine, par exemple, est sous le contrôle de l’Etat fédéral qui en nomme le gouverneur et lui assigne un objectif de croissance et d’emploi. La Bank of England ainsi que la Bank of Japan ont des statuts comparables à la FED. En clair, seul la BCE, parce qu’elle a été construite identiquement à la Bundesbank, est indépendante. Un tel statut convient peut-être parfaitement à l’Allemagne mais est totalement contraire à notre tradition économique et monétaire nationale. Et cela ne concerne pas seulement pas la France. C’est bien, en effet, parce que les instituts d’émission sont encore sous le contrôle des Etats que ces derniers ont pu mettre en œuvre les plans d’assouplissements quantitatifs. Maël de Calan l’ignore sûrement, mais le premier objectif de ces plans était d’arracher le financement des Etats au seul financement sur les marchés, dans un contexte ou l’asséchement des liquidités rendait le coût d’un tel financement prohibitif. Ca a du bon la souveraineté, n’en déplaise à Maël de Calan.

Mais qu’à cela ne tienne ; pour l’auteur de la Pravda, « les règles de Maastricht – les fameuses 3% de déficit et de 60% d’endettement contrôlées par la Commission européenne – sont en réalité des règles de bon sens et de bonne gestion qu’un Etat responsable devrait appliquer sans qu’on l’y contraigne, et une discipline collective qui cherche à éviter que le laxisme d’un Etat membre ne déstabilise l’ensemble de la zone euro ». Des règles de bon sens et de bonne gestion, dit-il. Soit. Mais dans ce cas, pourquoi aucun autre Etat au monde, pas même les Etats anglo-saxons que Calan cite souvent en exemple, ne s’est doté de telles règles ? Tout simplement parce que ces seuils n’ont rien d’économique et relèvent du fétichisme pur et simple. Par ailleurs, aucun pays n’a besoin d’une instance supranationale pour le contraindre à une politique ou à une autre et surtout pas la France dont la tradition étatique est ancienne et la dispense, à l’évidence, de tout chaperon qui lui dicterait ce qu’elle doit faire. En ce sens, il ne faut pas que Calan prenne la servilité sans laquelle lui et ses amis ne peuvent vivre pour un besoin de la France en tant que nation. Qu’il ne projette pas sur notre pays ses propres névroses !

Malheur à celui qui dévalue, il se transformera en statue de sel !

Après avoir passé quelques pages à critiquer sans convaincre le plan en 12 étapes pour quitter la zone euro, l’auteur sort la grosse Berta censée terrasser d’avance toute contestation : « la sortie de l’euro et de l’UE ruinerait les ménages », écrit-il dans un ultime effort de convaincre le lecteur en le touchant au portefeuille. « Cette décision (celle consistant à dévaluer le nouveau franc de 20 à 25%, NDLR) constituerait un matraquage sans précédent du pouvoir d’achat, sans précédent dans l’histoire récente, à travers une augmentation de l’ensemble des coûts des produits importés. La robe italienne qui valait 100 euros (ou 100 nouveaux francs) vaudra le lendemain 125 euros. L’essence à la pompe, le gaz et la plupart des biens de consommation (téléphone, hi-fi, produits ménagers), la quasi totalité du textile et de l’habillement augmenterait de 25%, entraînant un appauvrissement colossal des Français et faisant basculer des millions de ménages dans la précarité ». On reste interdit devant un tableau aussi apocalyptique que faux. Quelques paragraphes plus haut, l’auteur rappelait la spectaculaire dévaluation de l’euro de près de 30% entre le 15 juillet 2008 et fin 2015. Où sont les millions de ménages qui ont basculé dans la précarité suite à cette dévaluation ? Nulle part. Pourquoi dès lors s’attendre à de telles conséquences en cas de dévaluation d’une monnaie souveraine alors que celles-ci n’ont jamais été observées quand la monnaie fédérale, l’euro, a été dévaluée ? Mystère…

Par ailleurs, cette dévaluation de 30% de l’euro a-t-elle entraîné la spirale inflationniste que craint l’auteur lorsqu’il évoque la dévaluation de la nouvelle monnaie nationale ? Pas plus. Bien au contraire, répétons-le, la zone euro fait aujourd’hui face à des risques déflationnistes importants. Au final, comment les tenants du paradigme actuel peuvent-ils d’un côté se féliciter urbi et orbi de la dévaluation de l’euro lui prêtant l’effet d’une bouffée d’oxygène sur l’économie française et de l’autre agiter des épouvantails terrifiants s’agissant d’une dévaluation en cas de retour d’une monnaie nationale ? Sur les plateaux télé, Calan explique que la dévaluation et la dépréciation sont deux choses différentes. Certes, la première est en effet administrée quand la seconde découle de la réévaluation des monnaies étrangères. Mais, ce qui intéresse ici ce n’est pas la cause du phénomène mais ses conséquences économiques. Et celles-ci sont strictement identiques quelque soit l’origine de la perte de valeur de la monnaie. Cette indiscutable contradiction est une preuve supplémentaire, s’il en fallait, de la démagogie qui entoure la question de la souveraineté monétaire et du fait que ce qui est en jeu n’est ni l’économique ni le monétaire mais bien des intérêts catégoriels camouflés sous les fards avenants de la politique et de l’intérêt général. Mais Calan persiste et signe, s’enfonçant dans son délire : « c’est ainsi que deux mois après son arrivée au pouvoir, le FN sera parvenu à prélever 125 Mds EUR aux consommateurs français (25% des 500 Mds EUR de biens que la France importe chaque année) tout en enclenchant une spirale inflationniste aux effets imprévisibles ». En deux mois, les 25% concerneront donc les importations d’une année entière de biens… L’auteur est vraiment très fort.

Mais ce n’est que peccadille par rapport à son ignorance crasse des mécanismes de la dévaluation telle que la théorie économique les enseigne. Il est vrai que la dévaluation enchérit les importations. C’est d’ailleurs pour les décourager qu’un pays y procède. Mais la dévaluation impacte aussi, et positivement cette fois, les exportations en en baissant le coût. C’est aussi dans la perspective de ce deuxième effet qu’un Etat y procède. Sur l’échelle temporelle, l’effet prix sur les importations précède de quelques mois l’effet quantité sur les exportations. Le bilan de la dévaluation entre le premier effet et le second n’est jamais le même et dépend des structures économiques des pays qui la pratique et notamment de la structure de son commerce extérieur. Un pays dont les importations incompressibles (c’est-à-dire qu’il ne peut produire sur son sol à l’instar des hydrocarbures pour un pays qui n’en a pas) sont majoritaires verra l’effet prix l’emporter sur l’effet quantité. Pour ce qui est de la France, la structure économique a été calibrée pendant des décennies sur les dévaluations compétitives. Celles-ci ont toujours constitué des bouffées d’oxygène pour le commerce extérieur français, même si leur efficacité éphémère aboutissait souvent à leur multiplication. Par ailleurs, lutter contre les effets d’une crise économique relève d’un arbitrage entre la dévaluation de la monnaie ou la baisse du coût du travail. Dévaluer la monnaie permet d’éviter de faire porter l’ajustement sur les salaires ce qui, dans ce cas, entraînerait la contraction de la demande interne globale dans une spirale pro-cyclique. Au final, la dévaluation fut la politique monétaire de la France pendant des décennies. Et qui a-t-elle ruiné ? Personne.

Calan ne fait donc qu’agiter, sur des pages et des pages, des épouvantails pour effrayer tous ceux qui seraient tentés par une autre voie. La réalité est que ce que propose le FN ce n’est ni plus ni moins que de revenir à ce que tous les pays du monde pratiquent et à ce que la France elle-même pratiquait jusqu’à ce que ses élites décident d’aliéner sa liberté.

Craignant que l’inanité de ses développements conduise le lecteur à l’opposé de la direction souhaite, Maël de Calan revient à la charge : « La sortie de l’euro et de l’UE ruinerait les épargnants, provoquerait une fuite des capitaux et la faillite des banques ».

Le rentier, le seul qui mérite l’attention

Ce paragraphe est une ode encore plus marquée à l’économie de la rente. En ayant manifestement assez d’avancer masqué, l’auteur, dans un grand acte de témérité, affiche désormais la couleur : l’inflation c’est mal parce qu’elle avantage les emprunteurs au détriment des rentiers. Après un dégagement sur l’érosion de l’épargne provoquée par la hausse de prix, l’auteur écrit page 114 : « bien pratique pour l’emprunteur, cette politique (celle de la planche à billets et de l’inflation, NDLR) est à la fois injuste sur le plan moral et dangereuse sur le plan économique ». Voilà qui est donc clair : dans le monde de Maël de Calan, tout ce qui peut favoriser l’emprunteur est immoral. Il oublie que l’emprunteur est très souvent un investisseur ou, pour le dire autrement, l’investisseur, celui qui ambitionne de créer de nouvelles richesses, est, dans la quasi totalité des cas, un emprunteur. Le paradoxe est que Maël de Calan pointait plus haut la timidité de l’investissement comme l’une des causes de la panne que connaît l’économie française... Mais l’auteur n’en a cure et affirme : « c’est plus dur pour l’emprunteur mais plus juste pour le prêteur et c’est ce qui compte » avant de conclure, en n’ayant toujours rien compris : « ainsi, l’inflation galopante du FN, c’est à moyen terme la Bérezina de l’investissement, le vieillissement des outils de production, donc le chômage ». De Calan attribue donc à une politique qui n’a jamais été appliquée depuis les années 70, les résultats obtenus par la politique poursuivie depuis 30 ans ! Car qu’observe-t-on aujourd’hui sinon le constat qu’il dresse à savoir, effectivement, « une Bérézina de l’investissement, le vieillissement des outils de production et un chômage de masse » qui sont bien les fruits de trois décennies de l’orthodoxie désinflationniste que Calan continue à appeler de ses vœux ?

La sortie de l’euro, ce serait la fin de la France !

Après l’apocalypse prévu pour les ménages et les entreprises, Maël de Calan termine en apothéose : « la sortie de l’UE et l’euro ruinerait l’Etat ». Rien de moins ! Les guerres de la Révolution et l’Occupation allemande n’ont pas réussi à ruiner la France, mais une sortie de l’euro la ruinerait ! L’auteur rappelle d’abord les besoins de financement annuels de l’Etat : « chaque année l’Etat est ainsi obligé d’emprunter 180 Mds EUR pour financer le déficit de l’année, plus une centaine de milliards pour rembourser la dette passée arrivant à échéance. Soit près de 500 millions d’euros par jour ». Rappelant ensuite, à juste titre, que les deux tiers de notre dette publique est détenue par des non-résidents, Calan se hâte de conclure : « c’est là qu’intervient la faillite de l’Etat : la nouvelle monnaie de singe promise par le FN qui ferait fuir instantanément les investisseurs étrangers, nous exposerait du jour au lendemain à un trou béant de 100 milliards de dépenses non financées (les deux-tiers des 180 Mds EUR que nous empruntons chaque année, actuellement financées par les non-résidents) ».

Là encore, le raccourci est grossier et montre la piètre connaissance de l’auteur des mécanismes économiques. Tout d’abord, si aujourd’hui la dette française est détenue en majorité par les non-résidents, c’est parce que dans leur folie d’asservissement tous azimuts de la France à l’étranger, les responsables politiques au pouvoir ont, dès le début des années 90, créé une structure étatique dédiée à la vente de notre dette à l’étranger : l’Agence France Trésor. Pendant des décennies, l’épargne des résidents était suffisante pour financer la dette, mais c’était manifestement nationaliste et fasciste aux yeux de certains. Il fallait donc à tout prix de l’étranger, en ce domaine aussi ! En clair, de 1945 jusqu’à la fin des années 80, l’épargne des Français excédait largement la demande de financement de l’Etat. Et c’est toujours le cas en théorie. Sauf que la religion d’un marché financier mondial, la haine de tout ce qui est national y compris le marché, a entraîné le découplage entre l’offre nationale et la demande nationale de financement. Mais il est tout à fait possible de revenir à l’indépendance nationale en matière de financement en remettant les barrières qui n’auraient jamais du être abattues.

Par ailleurs, il n’y aurait pas, contrairement aux imprécations de Calan, de « trou béant » en matière financement public, dans la mesure où « la fuite instantanée des investisseurs étrangers » (qui reste à démontrer mais admettons) serait contrebalancée tout aussi instantanément par un financement monétaire de ce besoin, autrement dit par le rétablissement des avances au Trésor de la Banque de France, sur le modèle américain et britannique. Ce dernier exemple est d’ailleurs avéré : en 2009 et 2010, faisant face à une quasi impossibilité de se financer sur les marchés pour cause de crise financière, le gouvernement de Sa Majesté a fait appel à un financement par la Bank of England pour contourner la difficulté. Bien entendu, dans un tel cas de figure, il y aurait des risques inflationnistes. Mais est-ce si grave dans un contexte où la Banque Centrale Européenne tente depuis près de deux ans d’éviter la déflation par une politique de rachat massif de bons du Trésor ? L’inflation est aujourd’hui si basse (proche de zéro) que deux ou trois points supplémentaires ne feront pas de mal.

Enfin, l’inflation a également cet effet bénéfique d’éroder la valeur réelle de la dette publique, phénomène bien connu des économistes sous le nom de recettes de seigneuriage. En clair et de même qu’elle a pour vertu d’éroder les dettes privées, l’inflation offre aussi l’avantage d’écrêter la valeur réelle des dettes publiques.

En un mot comme en mille, la question qui taraude le lecteur à la lecture de tant de catastrophisme en cas de sortie de l’euro et de l’Union européenne est la suivante : « si l’Union européenne et l’euro sont une nécessité pour que n’advienne pas l’enfer sur terre, pourquoi aucun autre groupe pays dans le monde ne s’est lancé dans pareille aventure ? Pourquoi tous les pays du monde conservent leur souveraineté et sont si tatillons à son sujet ? » L’étranger que Maël de Calan est prompt à mobiliser pour justifier ses thèses, est resté insensible aux « charmes » de l’asservissement national, de l’enchevêtrement des compétences et de l’amputation de tous les outils qui donnent sens à la démocratie. Par contre, il est vrai que l’étranger applaudit des deux mains à l’initiative européenne en ce sens, ce qui est bien normal : « les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts », disait de Gaulle. C’est pour l’avoir oublié que nous sommes sur une pente descendante depuis trois décades.

Chapitre III.-

Derrière la « solidarité européenne »,

une véritable prédation commerciale

Mais refusant la moindre remise en cause et jusque la moindre interrogation sur sa foi systémique, Maël de Calan poursuit de plus belle : « le protectionnisme prôné par le FN aboutirait à une guerre commerciale qui achèverait de mettre l’économie française à genoux ».

L’auteur ne prend même pas la peine de s’écouter parler tant le propos paraît outrancier. « Nous voilà rassurés, écrit-il : les protections mises aux frontières seront intelligentes et ciblées sur les pays qui nous concurrencent de façon déloyale, c’est-à-dire les pays émergents ou en voie de développement ». Et de conclure : « si l’on devait résumer les effets attendus de cette politique en un mot, c’est probablement « suicidaire » qui nous viendrait le plus immédiatement à l’esprit ».

Penser le protectionnisme suffit à expliquer la désindustrialisation de la France !

Là encore, Maël de Calan attribue au programme que le FN n’a pas mis en application (et pour cause puisqu’il n’a jamais été au pouvoir) les conséquences observées depuis des années sur l’économie française. Oui la France s’est désindustrialisée de manière accélérée depuis la mise en place de l’euro et de la doxa furieusement libre-échangiste de l’Union européenne. Oui la concurrence étrangère, notamment des pays émergents, nous a taillé de vastes croupières, contribuant à la disparitions de secteurs d’activités entiers comme le textile, l’ameublement, les électroménagers, etc. Cela est déjà une réalité. Si l’on suit Calan dans son raisonnement, cette réalité n’en est actuellement pas une et ne le deviendra que si les propositions du FN sont appliquées ! Si l’absurdité a une limite, Maël de Calan l’a allégrement défoncée.

Comme pour l’euro, la question reste la même : « si le libre-échange total était une si belle idée, performante et bienfaisante sur l’économie qui la pratique, pourquoi l’ensemble des pays du monde ne l’ont pas mise en œuvre ? ». Certes, on rétorquera qu’une majorité de pays ont rejoint l’OMC depuis qu’elle a succédé au GATT en 1994 et que celle-ci prône en effet une extension du libre-échange. Et alors ? Adhérer à une organisation internationale n’a jamais empêché aucun Etat de continuer à n’agir que dans le sens de ses seuls intérêts, fussent-ils des intérêts exacerbés. Que diable, a-t-on oublié que l’Allemagne nazie a adhéré jusqu’à la fin des années 30 à la Société des Nations, ancêtre de l’ONU, et que celle-ci, dans sa charte, avait déclaré la guerre hors-la-loi ? C’est dire si un pays peut passer sous les fourches caudines d’une institution internationale tout en continuant à privilégier une vision nationale des choses. Car enfin, n’est-ce pas ce que pratiquent au premier chef les Etats-Unis, promptes à prôner le pacifisme et le libre-échangisme quand eux-mêmes diffusent la guerre et le protectionnisme ?

Certes, en ce qui concerne ce dernier, le risque de représailles existe toujours. En clair, si l’on érige des barrières douanières, nos partenaires commerciaux peuvent faire de même et nous serons pénalisés à hauteur des préjudices que nous leur infligeons. Séduisant en apparence, ce raisonnement est faux en pratique, tant le commerce international relève davantage du rapport de force que d’une mécanique harmonieuse entre des Etats égaux. Sinon, les Etats-Unis, la Chine, le Japon et d’autres auraient renoncé à toute protection, mais nous voyons bien que ce n’est pas le cas, bien au contraire. Ce n’est pas parce que nous allons taxer les chemises fabriquées en Chine que celle-ci taxera nos Airbus, pour la bonne et simple raison que nous pouvons très bien nous passer des chemises chinoises : sans même aller jusqu’à prôner une substitution des importations par une production nationale (ce qui serait évidemment l’idéal), nous pourrions nous fournir au Bengladesh, au Vietnam, au Pakistan ou ailleurs. Alors que la Chine qui a soif d’une technologie par ailleurs rare ne pourrait prétendre à des représailles équivalentes, sauf à se tirer une balle dans le pied. C’est au demeurant ainsi que la Chine se comporte avec les pays de sa sphère d’influence, les forçant à ouvrir leurs marchés respectifs à ses produits tout en limitant l’accès des leurs au sien. Le commerce international est ainsi ontologiquement inégalitaire, tant en ce qui concerne les pays (qui ne sont pas des agents identiques et interchangeables) qu’en ce qui concerne les marchandises (le textile et la technologie spatiale, ce n’est pas tout à fait la même chose).

La solidarité européenne battue en brèche par le commerce intra-européen

L’auteur croit combattre cette idée en avançant que la majeure partie de notre déficit commercial provient en réalité de notre commerce avec la zone euro. « Entre 2002 et 2014 notre balance commerciale s’est dégradée de plus de 60 Mds EUR », écrit-il page 136, avant de proclamer quasi fièrement que « plus de la moitié de cette dégradation est due aux pays de la zone euro ». Terrible aveu ! La zone euro n’est pas, comme il s’échine à le prouver depuis des dizaines de pages, cet espace de solidarité et de cohésion entre des Etats consentants. Non ! La zone euro est responsable de plus de la moitié de nos difficultés à l’export et, partant, de plus de la moitié de notre désindustrialisation et Maël de Calan lâche cette terrible vérité au détour d’une phrase sans en avoir l’air et en s’en félicitant !

Car que s’est-il passé depuis l’entrée en vigueur de l’euro ? Du jour au lendemain, des pays comme la Grèce, l’Italie, le Portugal, l’Espagne et, dans une moindre mesure, la France, ont vu leurs taux d’intérêt chuter de manière spectaculaire. L’euro étant appréhendé par les marchés comme une sorte de Deutsch Mark européen et donc bénéficiant implicitement de la garantie de l’Allemagne, les Grecs, les Italiens, les Portugais, les Espagnols, les Français ont pu s’endetter aux conditions favorables des Allemands. L’endettement de ces pays a donc été massif. Et à qui a bénéficié cet effet de richesse ? L’Allemagne dont l’industrie n’a pas été laminée comme en France par des décennies de taux de change inadapté à son économie, a pu instantanément répondre aux surcroîts de commandes financés par ces nouvelles dettes. Cela est d’autant plus vrai que les réformes Schröder et Harts, entrées en vigueur au même moment que l’euro, ont entrainé un transfert de la baisse de la taxation des sociétés vers la TVA. La conséquence en a été un coup de fouet à la compétitivité des produits allemands et une dépression équivalente de la consommation intérieure allemande. Les excédents commerciaux allemands accumulés depuis 2002 ne sont donc que la résultante de la ponction considérable faite par l’Allemagne sur le dos de ces partenaires. Tant que l’euro s’est traduit par un enrichissement de l’Allemagne, celle-ci en a été le plus fervent défenseur. Las, à partir de 2008, les Grecs qui avaient emprunté comme des Allemands doivent rembourser…comme des Grecs, c’est-à-dire qu’ils ne parviennent pas à rembourser.

L’Allemagne, devenue par les excédents commerciaux accumulés sur le dos de ses partenaires européens, le pays le plus riche de la zone, voit le principe de solidarité dont elle a usé et abusé pour convaincre ses partenaires de soutenir le projet de monnaie unique, lui revenir en pleine figure. Il s’agit désormais pour elle de venir au secours des économies européennes prises dans la tourmente de la crise financière internationale et de la crise des dettes souveraines qui en est l’une des conséquences. Mais, comme on pouvait s’y attendre, la solidarité, concept magnifique quand ce sont les autres qui le pratiquent, devient subitement démodé et contreproductif dès lors qu’il s’agit de se l’appliquer à soi-même…

En conclusion, que ce soit vis-à-vis des pays émergents ou vis-à-vis de nos « partenaires » européens, il est urgent que la France se pose la question de ses intérêts commerciaux propres et mette en place le protectionnisme qu’il faut pour les poursuivre. Car, il apparaît au grand jour qu’au cours des dernières décennies, pendant que la France construisait l’Europe, l’Allemagne, elle, construisait l’Allemagne ; et pendant qu’elle construisait le monde du libre-échange et de la mondialisation heureuse, les autres grands pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, Chine et j’en passe) se construisaient eux-mêmes. Il est désormais plus que temps de mettre un terme à cette naïveté aux conséquences si désastreuses pour reprendre en mains les destinées de notre nation.

Chapitre IV.-

Pour Calan, l’Etat ne doit être que le valet du capital et de la rente

Dans un quatrième chapitre, Maël de Calan fustige toute forme de volontarisme. Toute tentative de proposer une espérance à nos concitoyens est directement qualifiée d’« entourloupe ». Autant dire que les entourloupes irriguent tout le chapitre sur la politique budgétaire, que Calan rêve de voir définitivement verrouillée au service des seuls possédants. D’une certaine façon, comme penser pour lui c’est déjà dépenser et que dépenser c’est mal, il ne faut pas penser. Et surtout pas à ceux qui sont dans le besoin. Après avoir interdit toute forme d’action de l’Etat, qu’elle soit monétaire ou commerciale, il s’attaque à présent à démontrer pourquoi toute action budgétaire devrait être également interdite. Le monde de Calan est ainsi celui d’un Etat impuissant pour ne pas dire eunuque, dont la seule préoccupation devrait être le confort des rentiers et un principe de précaution poussée à son paroxysme. Il s’adresse aux soixante-huitards vieillissants, soucieux de préserver leur patrimoine. Le problème c’est que cela se voit. Trop. Tout autre préoccupation reviendrait à jeter le pays dans la géhenne. « La politique budgétaire du FN : faire exploser les déficits en multipliant les promesses démagogiques et laxistes ».

Les sacrifices comme horizon indépassable de la politique

Dans l’esprit de l’auteur, la politique doit être fondamentalement sacrificielle. Et c’est d’ailleurs à l’aune des sacrifices demandés aux citoyens que se jauge son sérieux. La politique budgétaire du FN ne fait en réalité que renouer avec la politique tout court. Car une politique qui ne met pas tout en œuvre pour tenter d’améliorer le niveau de vie ou, à tout le moins, d’alléger les fardeaux de la vie pour les citoyens n’en est pas une. On ne vote pas pour une élite qui promet que seuls ceux qui ont auront davantage et ceux qui n’ont pas se verront enlever le peu qu’ils ont. Hélas, la politique conduite ces 30 dernières années n’a fait que cela : privilégier les privilèges et abolir les acquis sociaux, rebaptisés privilèges pour mieux les combattre.

Inventer un chiffrage pour éviter d’évoquer le bilan de ses pairs

Qualifiant le chiffrage du programme de rocambolesque, l’auteur se lance dans un chiffrage qui l’est tout autant. Sans rentrer dans le détail, l’auteur commet une erreur méthodologique de taille. Il confond l’économie et la comptabilité. Il recense les dépenses publiques découlant des promesses de campagne d’autre part et les recettes fiscales attendues d’autre part pour en conclure que l’équation est totalement délirante. « Le chiffrage de Marine le Pen et Florian Philippot commence alors à prendre l’eau, écrit-il fièrement page 168, avec un déficit public porté à 150 milliards en fin de quinquennat et plus de 700 milliards de dette cumulée ». Ces chiffres particulièrement grotesques découlent de retraitements idéologiques et au doigt mouillé du chiffrage des politiques économiques présentées par les intéressés. Trois critiques principales peuvent être faites de ces facéties financières :

  • La première est que, avant d’entreprendre le chiffrage d’un programme qui n’a pas été mis en œuvre, que Maël de Calan nous parle d’abord du chiffrage, effectif et bien réel celui-là, du programme mis en œuvre par Nicolas Sarkozy, le président du parti dont il est membre. Il ne s’agit pas de fiction ou d’approximations comme dans le cas du FN mais du bilan d’une politique effectivement menée pendant 5 ans. S’il nous en avait parlé, il aurait par exemple évoqué l’excellent livre d’Emmanuel Lévy et Mélanie Delattre, publié en 2012 et intitulé, Un quinquennat à 500 Mds EUR : le vrai bilan de Sarkozy. Les auteurs, s'appuyant sur une estimation de la Cour des Comptes (elle-même provenant d'une estimation de la Commission Européenne, la Mecque de Calan et ses amis), arrivent à ce chiffre en considérant que dans les quelque 632 milliards d'accroissement de la dette publique survenus entre fin 2006 et fin 2011, 109 sont imputables à la crise financière, tout le reste étant un déficit « structurel » - c'est-à-dire indépendant de la conjoncture économique. Ils reprochent au président sortant de n'avoir pas corrigé le déficit structurel hérité du passé (soit 370 milliards d'endettement public supplémentaire) et de l'avoir, au contraire, creusé pour 153 milliards. 500 Mds EUR distribués en cinq ans par l’ex idole de Calan sans que celui-ci n’en dise mot dans son opuscule. 500 Mds EUR distribués à des catégories sociales bien précises (les fortunés pour faire court) et dont l’écrasante majorité des citoyens n’a pas vu la couleur (sauf ceux dont les patrimoines et les revenus ont permis qu’ils bénéficient du bouclier fiscal). On en conclut que pour Calan ce qui compte ce n’est pas les montants dépensés par l’Etat mais ceux qui en bénéficient. Distribuer aux rentiers et aux fortunés, c’est sérieux et moderne ; mais distribuer à la majorité moyenne ou miséreuse c’est laxiste et irresponsable. Dont acte ;
  • La seconde, est que, comme expliqué plus haut, l’économie est une discipline à part que ni les financiers ni les comptables ne peuvent comprendre s’ils ne l’ont pas étudiée. Lorsque l’Etat lance un programme de dépenses, contrairement à ce que le profane pourrait croire, cela ne concerne pas seulement les dépenses puisque, in fine, les recettes de l’Etat aussi sont impactées. Surtout, la politique budgétaire doit être appréhendée concomitamment à la sortie de l’euro et à la fin de tous les carcans qui étouffent l’activité économique depuis trop longtemps. Et tous les grands économistes le pensent, à l’instar de Paul Krugman, prix Nobel d’économie, qui, dans ses multiples contributions récentes, attribuent à l’austérité budgétaire la panne économique européenne, sans pareille dans le monde. Même le FMI, pourtant peu suspect de sympathie keynésienne, appelle depuis plusieurs années à desserrer l’étau budgétaire au sein de l’Union européenne. En clair, à abandonner le fétichisme des 3% et des 60% qui sont depuis trop longtemps l’alpha et l’oméga de toute action publique. Si autant d’économistes réputés et d’institutions internationales sérieuses appellent à une relance budgétaire, comment peut-on croire que Maël de Calan que personne ne connaît et qui n’a jamais fait d’économie de sa vie peut jouer les experts de carnaval en proclamant que sans poursuite de la castration budgétaire, point de salut ?
  • La troisième critique de ce chiffrage est corollaire à la précédente. L'évolution de l'endettement public est-elle une façon pertinente d'évaluer la performance économique d'une politique ? Qualifier, comme le fait Calan, la dette publique de « dette de la France » et assimiler finances publiques et performance économique relève d’un travers bien caractéristique de la droite juppéiste. En effet, si une politique accroît l'endettement public de 100, mais augmente concomitamment la richesse nationale de 150, faudrait-il y renoncer sous prétexte qu'elle creuse la dette ?

Les immigrés chômeurs n’en sont pas et n’influent pas sur le chômage !

On passera sur certaines perles du livre, à l’instar de celle, page 161, prétendant critiquer le coût de l’immigration établi par Marine le Pen : « les immigrés qui sont généralement plus pauvres et moins qualifiés que la moyenne sont bien surreprésentés dans le bénéfice de certains dispositifs sociaux et les statistiques du chômage, mais à l’inverse ils constituent une population plus jeune que la moyenne et en âge de travailler et donc de cotiser à la Sécurité sociale ». Ce que l’auteur croit être une solution est en réalité un problème. Le propos serait vrai si la France connaissait le plein-emploi et des tensions sur son marché du travail provenant d’une rareté de travailleurs. Tel n’est évidemment pas le cas et depuis longtemps. Maël de Calan qui prétend s’exprimer au nom de la modernité et du sérieux a un discours en matière d’immigration qui remonte aux années 60 ! Car si on revient à la réalité du chômage de masse qui frappe la France depuis trente ans, « la population jeune en âge de travailler » devient un problème pour ne pas dire un fardeau puisqu’elle entretient le phénomène du chômage. Pour dire les choses de manière plus claire encore, cette population est certes en âge de travailler mais elle ne travaille pas ! Et donc ne cotise pas à la Sécurité sociale. En conséquence, elle a un coût, au même titre que tout chômeur a un coût. Voulant absolument faire coller la réalité à ses dogmes, l’auteur se prend en permanence les pieds dans le tapis, en avançant par inepties successives. Selon lui, en effet (page 170), « l’expulsion de centaines de milliers de clandestins (…) aboutirait à des dizaines de milliers d’abandons de postes dans les entreprises ». Oui, on a bien lu. L’expulsion de chômeurs, c’est-à-dire de sans-emplois entraînera des abandons de postes ! Puissant, non ? Si Maël de Calan a réussi à démontrer quelque chose, c’est que, fort heureusement pour lui, le ridicule ne tue pas…

Réformer pour réformer c’est être moderne

Quant à l’arrêt de toute réforme de l’Etat, prônée par le FN, elle ne trouve pas non plus grâce aux yeux de Calan. La plupart des juristes, à commencer par le Conseil d’Etat dans un rapport qui date de 1993 (ce n’est pas d’aujourd’hui !) a beau dénoncer depuis des années la logorrhée législative et réglementaire, l’instabilité de l’organisation administrative source d’insécurité juridique et d’arbitraire, Maël de Calan milite pour la poursuite et même l’amplification de ce mouvement fou devenu hors de contrôle. Aujourd’hui un fonctionnaire qui quitte son ministère dans le cadre d’un détachement de seulement deux ans, découvre à son retour que son service n’existe plus, que son bureau a fusionné avec d’autre et que les périmètres d’action ont été revus en fonction de la nouvelle organisation. Et tout cela pourquoi ? Parce qu’un secrétaire général ou un directeur administratif a décidé de laisser « sa patte », « son empreinte »… Rien d’autre qu’une question d’égo la plupart du temps, mais également l’idée que ce qui ne se réforme pas est ringard. La réforme est devenue une fin en soi, sans rapport avec l’exigence d’efficacité et de performance de l’action publique. Stabiliser l’organisation administrative comme le prône le FN revient ni plus ni moins qu’à mettre en œuvre les recommandations du Conseil d’Etat…

Sur le plan des effectifs, cette stabilisation requiert également un arrêt de la saignée des fonctionnaires d’Etat entamée depuis 20 ans. Ceux qui ont l’expérience des affaires publiques savent qu’au sein de l’administration d’Etat, « on est à l’os » selon la formule consacrée mais juste. Cela est vrai jusque dans les armées, comme le déplore régulièrement ses chefs d’Etat-major successifs. En revanche, le FN a raison d’avoir en ligne de mire les effectifs des fonctionnaires territoriaux qui eux ont explosé de manière plus que proportionnelle à la baisse des fonctionnaires d’Etat. Là encore, le parti de Marine le Pen n’a rien inventé, se contenant d’appliquer les recommandations des rapports annuels de la Cour des Comptes pour 2014 et 2015 et que Maël de Calan n’a manifestement pas lu. Ce qui ne l’empêche pas, comme sur le reste des sujets, d’asséner doctement des leçons.

Permettre à un parent d’élever ses enfants c’est être contre les femmes !

Parmi les autres sujets critiqués sur une base démagogique, l’un attire particulièrement l’attention. En page 180, on peut lire « un revenu parental pour garder les femmes à la maison ». Ce n’est pourtant pas faute d’avoir cité dans son intégralité la mesure concernée : « un revenu parental, équivalent à 80% du SMIC, sera créé pour permettre aux mères et aux pères de famille d’avoir réellement la possibilité de choisir entre exercer une activité professionnelle ou se consacrer à temps complet à l’éducation de leurs enfants ». Pressé de déverser son fatras idéologique, l’auteur ne lit que la moitié de la phrase, proclamant tout de go que cette proposition « procède d’une vision passéiste du rôle des femmes, auxquelles elle s’adresse naturellement qui sont incitées à sortir durablement du marché du travail et qui auront le plus grand mal à y entrer au terme de cette période d’arrêt ». La proposition a beau s’adresser aux mères et aux pères de famille, Calan préfère l’escamoter pour qu’elle colle à sa critique.

Il faut d’ailleurs rajouter, au risque de l’énerver encore plus, que l’absence permanente de père ou de mère à la maison a un coût qu’il serait intéressant de calculer : l’abandon à eux-mêmes de centaines de milliers d’enfants coûte cher à l’éducation nationale (elle explique en grande partie le décrochage scolaire, très coûteux pour les finances publiques) mais aussi à d’autres administrations : police, justice, etc. Ces coûts mériteraient d’être chiffrés afin d’être intégrés dans le soi-disant chiffrage du programme qu’ambitionne l’auteur.

Chapitre V.-

Sans immigration, le suicide français !

Dans un cinquième chapitre Maël de Calan attaque la politique intérieure du FN, qu’il accuse d’entrée de jeu de « rendre les flux migratoires incontrôlables et de créer un climat de guerre civile entre les Français ». Si l’exagération et l’excès de langage sont l’apanage de l’extrême droite, Calan n’en est pas loin. Ce nouveau thème ne change guère, dans son traitement, par rapport aux précédents. La succession d’âneries de toutes sortes connaît toutefois une gradation tant quantitative que qualitative.

En 2012, le FN n’a pas parlé des attentats… de 2015 !

« Pas un mot sur le terrorisme » dans le programme, commence-t-il. Tout à fait vrai. Sauf que ce constat découle du choix de l’auteur de travailler sur le programme du FN de 2012, donc avant les attentats odieux de 2015. Il le dit lui-même d’ailleurs en page 195 : « dans son programme pour 2012, la question n’est citée qu’une seule fois en 106 pages ». Dans son programme de 2012… On lui conseille de se mettre à la page. Plus loin, il continue : « le FN s’est opposé aux principales mesures antiterroristes demandées par nos services ». Et de lister en vrac la loi sur le renseignement, la surveillance des sites djihadistes sur internet ou le Passenger Name Record (PNR). Il est un fait que le FN a été des plus timides sur la loi renseignement, mais cette timidité avait une raison : cette loi dont l’objectif principal affiché est bien le fichage et le flicage des personnes radicalisées peut également servir à ficher et à fliquer n’importe quel opposant politique. Cela est d’autant plus vrai que les terroristes n’utilisent pas les moyens de communication « ouverts » pour communiquer et planifier leurs actes iniques. En clair, ni téléphone, ni mails mais des applications comme Whassup ou Viber qui utilisent la technologie VOIP[4] cryptée donc intraçable. Et en la matière, ni le PS, ni, encore moins, les amis de Maël de Calan ne sont pas des enfants de chœur. Compte tenu de leur perte totale de crédibilité devant le peuple français, tous les moyens seront bons pour tenter de se maintenir au pouvoir, y compris par des méthodes peu avouables. La même logique prévoit en matière de PNR : en apparence ficher les passagers est une bonne chose dans le contexte actuel, mais son objectif peut clairement être détourné à d’autres fins moins, d’autant moins glorieuses qu’en l’espèce il s’agira pour les compagnies européennes de transmettre en masse leurs données de passagers aux Américains. Et puis, de tous les terroristes impliqués dans des attentats en France en 2015 ou en Belgique en 2016, combien ont pris l’avion ? Réponse : aucun. PNR ou pas, ce n’est pas cela qui aurait pu empêcher ces sinistres attaques.

L’immigration ? Une donnée exogène qui s’impose à nous comme la météo…

Puis Calan enchaîne sur le thème de l’immigration pour affirmer qu’il s’agit de « l’obsession du Front National ». La vérité est que tout programme politique qui se veut réaliste et crédible, doit coller avec les préoccupations du peuple. Peut-être que pour Maël de Calan et ses amis, l’immigration n’est pas un problème et n’est pas visible. Mais le moins qu’on puisse en dire est que tel n’est pas le cas pour des millions de Français. L’auteur démarre d’ailleurs son « analyse » de manière tout à fait étrange. « Il faut tout d’abord reconnaître que l’arrivée (légale ou illégale) d’étrangers sur un territoire, et en général tout mouvement de population s’accompagne de difficultés de tous ordres », écrit-il page 198. Pour lui, « l’arrivée d’étrangers sur un territoire » est une donnée, une sorte de point de départ qu’il ne convient même pas de questionner. C’est là une première et grossière erreur que de considérer que l’immigration est un phénomène exogène sur lequel aucune politique ne peut avoir de prise. Quel lamentable aveu d’ignorance et d’impuissance ! Et de rappeler ensuite tous les domaines impactés par l’immigration tels qu’ils figurent au programme du Front National.

L’immigration, un bienfait permanent pour l’économie !

Le chômage en premier lieu. Calan ne voit aucun lien, aucune répercussion de l’immigration sur le chômage, se bornant à ânonner les sottises pseudo libérales chères à son camp : rigidité du code du travail, coût trop élevé du travail, etc. Contrairement à une idée répandue, l’immigration n’est pas en tant que telle négative pour le marché du travail national. Il n’y ni xénophobie, ni névrose sur le sujet, pas plus au FN que chez les autres. On l’a dit plus haut, lorsque la croissance économique est suffisante et le taux de chômage tellement bas que des tensions apparaissent dans les recrutements, faire appel à la main-d’œuvre étrangère permet de soulager ces pressions et de fluidifier le marché. C’est ainsi que dans les années 50 et 60, pour les besoins de la reconstruction, la France a eu massivement recours à l’immigration du travail et personne, pas même les partis les plus à droite, n’y voyait à redire.

En revanche, lorsque la conjoncture s’inverse, que la croissance économique devient anémique et que se propage un chômage de masse et de longue durée, qu’est-ce qui justifie le recours à l’immigration ? Dans les années 70, la France, contrairement à l’Allemagne, a commis une erreur en ne renvoyant pas chez eux les travailleurs immigrés, s’engageant même dans une politique immigrationniste folle basée sur le regroupement familial. Pourquoi Maël de Calan refuse-t-il d’en parler ? Dans tous les pays du monde, lorsque les choses vont mal, priorité est donnée aux nationaux. Même d’ailleurs quand tout va bien. Pourquoi ce que Maël de Calan trouve normal à l’étranger, le critique-t-il quand il s’agit de son propre pays ?

En période de crise et de chômage, l’immigration ne coûte rien !

Les finances publiques ensuite, supportent également le coût de l’immigration, c’est une évidence devant laquelle, là encore, l’auteur veut se voiler la face. Même des dispositifs aussi choquants que l’Aide Médicale d’Etat, ne le gênent pas. Rappelons que cette aide qui permet un accès total et gratuit aux soins est réservée aux seuls immigrés…clandestins ! Je suggère à Maël de Calan d’expliquer cela à un Américain, un Anglais ou un Chinois tout en leur conseillant d’en faire de même dans leurs pays respectifs. Il verra lui-même la réaction et en conclura que décidément la France est un pays exceptionnel !

Quant au logement et singulièrement le logement social, l’immigration l’impacte directement. Il suffit pour s’en convaincre d’aller dans le Nord de Paris et de voir qui occupe ces logements. Car si l’immigration n’avait aucune conséquence sur le logement social, comment expliquer les sempiternels appels à la mixité sociale, hululés depuis des années par les partis du système ?

En ce qui concerne l’insécurité, là encore il est difficile de ne pas parler d’immigration quand on sait que près de 80% des prisonniers en France sont étrangers ou d’origine étrangère… Certes cette réalité est dérangeante parce qu’effrayante et surtout parce qu’elle contrevient à une omerta scrupuleusement entretenue par le système médiatico-politique pour qui le simple fait de l’évoquer « fait le jeu de l’extrême droite ». Mais les faits sont têtus et il vaut mieux les traiter avant qu’ils ne vous traitent…

Or plutôt que de reconnaître l’évidence, Maël de Calan fidèle au système de pensée auquel il appartient se lance dans d’invraisemblables procès d’intention. Pour lui, « ceux qui sont dans le collimateur et rendus responsables de toutes les difficultés du pays, ce sont essentiellement les « Noirs » et les « Arabes » qu’ils soient Français ou non » (page 204) avant de penser clore le débat par ces termes : « les « patriotes » ne s’encombrent pas de subtilités juridiques : un jeune né en France de parents français mais d’origine maghrébine restera toujours à leurs yeux un immigré ». On attendait un débat sérieux, on tombe nez à nez avec Madame Soleil qui croit sonder les reins et les cœurs, au mépris de ce qui est réellement prévu dans le programme. Celui-ci a beau marteler à toutes les pages qu’il s’adresse à tous les Français « quelques soient leurs origines », il n’y a rien à faire, Calan lit les choses comme ça l’arrange pour plier la réalité à ses délires.

Après avoir dit autant de contrevérités, l’auteur n’hésite pas à affirmer dans un nouvel accès de suffisance : « les responsables frontistes, Marine le Pen en tête, n’ont pas compris les racines de la crise française et n’ont aucune idée des solutions à lui apporter ». On meurt d’envie de lui répondre qu’à l’évidence, ses mentors à lui ont tout compris de cette crise et que les solutions qu’ils ont appliquées au cours de leurs nombreuses années d’exercice du pouvoir, se sont, elles, avérées totalement efficaces… Mais on se retiendra, par pitié.

Sans immigration, la France se suiciderait !

Mais c’est dans la suite du propos qu’apparaît le dogme immigrationniste dans toute sa splendeur. On apprend ainsi que « l’immigration zéro serait suicidaire pour la France ». On croit rêver… En clair, la France ne vit que par et pour l’immigration et il y a donc bien une sorte de préférence pour l’étranger… Et quand le FN pourfend la « préférence étrangère », Calan et ses amis lui tombent dessus à bras raccourcis. Allez comprendre ! Mais fier de sa trouvaille, Calan affiche la grande ambition du gouvernement de droite qu’il appelle de ses vœux en 2017 : « il s’agira de faire passer l’immigration de 200.000 à 175.000 entrées par an » (page 220)… Superbe entreprise s’il en est, puisque, si l’on suit ce brillant auteur, tout immigré en moins est un clou de plus dans le cercueil de la France. A cette aune, le chiffre de 25.000 est énorme et peut-être devrait-il le revoir à la baisse pour éviter que la France n’agonise à petit feu !

Expulser des étrangers illégaux est… illégal !

Prenant ensuite une posture historico-morale, Calan prétend qu’« une démocratie libérale ne peut pas expulser 400.000 personnes ». C’est ainsi que l’on découvre, grâce à lui, que l’Allemagne de Helmut Schmidt n’était pas une démocratie libérale, qui a renvoyé chez eux des centaines de milliers de travailleurs, Turcs pour la plupart, dans le sillage de la crise pétrolière des années 70 et du ralentissement économique qui s’en est suivi. Et encore s’agissait-il à l’époque d’immigrés légaux, là où le FN n’évoque que les immigrés clandestins, ceux qui enfreignent la loi, donc. On apprend donc également grâce à Maël de Calan qu’une démocratie libérale ne peut prétendre appliquer la loi… Avant de se ressaisir plus loin et d’affirmer exactement le contraire : « pour que les flux migratoires ne deviennent pas incontrôlables, les expulsions de clandestins doivent se poursuivre et s’accroître notamment à l’encontre de tous ceux à qui la justice ou l’administration ont donné l’ordre de quitter le territoire » (page 222). Donc après avoir vociféré contre le soi-disant populisme des mesures prônées par le FN en matière d’immigration, Calan conclut un chapitre de plusieurs pages par…les mesures figurant dans le programme du FN. Belle performance !

J’habite Paris 16ème et je ne vois pas de grand remplacement !

Mais, sans doute étonné lui-même d’être parvenu à une conclusion qu’il ne souhaitait pas, Maël de Calan ouvre les hostilités sur un front connexe pour tenter d’emporter l’adhésion du lecteur. En page 222, dans un paragraphe consacré au « délire paranoïaque du grand remplacement », Maël de Calan, cite à profusion des chiffres pour tenter de démystifier le concept. « Assiste-t-on au plan statistique à un grand remplacement ? », s’interroge-t-il en page 226, avec d’autant plus d’assurance qu’il croit détenir une réponse indiscutable. Citant les chiffres de l’INSEE, il affirme que « sur une population de 65 millions de personnes, les immigrés sont 5,7 millions environ » avant d’ajouter : « dont 2,3 millions sont devenus Français et 3,4 millions d’étrangers ». Oui, vous avez bien lu : il évoque 5,7 millions d’immigrés parmi lesquels 2,3 millions de français… Autant d’amateurisme dans l’exploitation de chiffres pourtant simples laisse perplexe. Surtout, cela jette le discrédit sur l’ensemble de son analyse, accentuant une idée déjà bien ancrée depuis les premières feuilles du livre, que l’auteur s’autorise toute latitude pour trafiquer la réalité afin qu’elle colle à son modèle. Mais plus encore, il en est de l’immigration en France comme de l’euro : un sujet que l’on peut évoquer qu’avec beaucoup de prudence et de retenu pour ne pas être qualifié d’extrémiste.

L’INSEE dont on a plus haut dit les liens avec Bercy s’entête depuis des années à démontrer que l’immigration n’augmente pas avec la même énergie qu’il a déployé pour démontrer que l’euro n’a jamais été inflationniste. La vérité c’est que chaque année des centaines de milliers d’immigrés basculent dans la nationalité française, rendant parfaitement artificielle l’idée que le nombre d’immigrés n’augmente pas en France. Par ailleurs, s’il est difficile de voir un quelconque remplacement dans les beaux quartiers de Paris ou même dans le nord de la Bretagne où Calan a ses quartiers, tel n’est pas le cas dans des zones entières dont le visage a radicalement changé en peu d’années. C’est si vrai que le Premier ministre, Manuel Valls, lui-même, en visite à Evry, s’étonnait de ne voir aucun « white », aucun « blanco »… D’ailleurs, combien de touristes de passage en France s’étonnent de ne plus voir une majorité de « white » dans le métro parisien ?

Il est manifeste que la réalité perçue par des millions de nos concitoyens dément les chiffres. Il n’est que de voir l’évolution du nombre de mosquées en France, de quelques dizaines dans les années 80 à près de 3000 aujourd’hui. Et encore ne parle-t-on pas ici de l’augmentation exponentielle de lieux de cultes clandestins (phénomène reconnu par l’UMP et le PS eux-mêmes qui parlent de « l’islam des caves »). Si la population immigrée et singulièrement la population musulmane stagne en nombre depuis 30 ans, comme nous l’explique gauche et droite de concert, à qui peuvent bien être destinées ces milliers de mosquées supplémentaires ? Aux touristes ? Aux fantômes ? Soyons sérieux.

L’islam n’est pas un problème en France puisque c’est le FN le problème !

Après les chiffres, le retour des procès d’intention avec cette fois le ridicule en plus (mais il est vrai que c’est une constante depuis le début de l’ouvrage). Page 228, dans le paragraphe suivant intitulé « une approche incendiaire de l’islam, qui créerait un climat de guerre civile en France », Calan se lance : « l’islam ne pose aucun problème à la France », proclame-t-il pensant qu’il suffit de le dire pour que la réalité suive. L’une des raisons selon lui est que « les racines chrétiennes de la France ne l’empêchent pas de connaître cette belle religion (sic) ». Comment sait-il que cette religion est belle ? A-t-il lu le Coran ? A-t-il étudié l’histoire de l’islam ? Vraisemblablement pas. Son maître à penser, Juppé lui-même, affirmait récemment qu’il n’y connaissait strictement rien… C’est bien connu, tout est magnifique tant qu’on ne prend pas la peine de l’étudier. C’est une fois de plus d’une niaiserie d’autant plus inquiétante qu’elle émane de quelqu’un qui prétend occuper des postes à responsabilités au sein de la République…

Sans se démonter le moins du monde, Calan retombe dans son erreur favorite : attribuer à Marine le Pen et à son programme, les conséquences que l’on observe déjà aujourd’hui. Ainsi, on apprendra page 229 que « la France que nous propose Mme le Pen est celle d’une France de communautés qui se haïssent, dans laquelle plus aucune chance ne serait laissée à l’intégration et au dialogue des cultures ». Pour un peu les attentats de 2015 ce serait aussi la faute de Marine le Pen et du programme du FN… Puis l’auteur de reprendre in extenso le diagnostic figurant dans celui-ci sur les dérives communautaristes, le refus de servir du porc dans certaines cantines, le refus par des patientes d’être examinées par des médecins masculins, etc. avant de conclure : « personne n’a attendu le FN pour cela ». Ah bon ? Mais qui d’autre dresse un diagnostic aussi clair dans son programme politique ? Certainement pas « les Républicains » dont beaucoup d’élus locaux se sont compromis avec les dérives islamistes pour de basses raisons électoralistes. Sans craindre d’user de ce concept ad nauseam, pour Calan l’erreur du FN est de faire « des amalgames » : « l’amalgame consiste à prétendre que demain tous les hôpitaux, toutes les cantines, toutes les piscines se verront imposer des règles nouvelles. Que tous les musulmans sont pratiquants et que tous les pratiquants sont salafistes, et que ces millions de salafistes mettront bientôt notre société en coupe réglée avant de dissoudre notre culture » (page 234). Où donc Calan lit-il cela dans le programme du FN ? On ne le saura jamais et pour cause : c’est écrit nulle part. Tout à son hystérie à démontrer qu’il a raison, l’auteur ne fait pas dans la dentelle. « Les Républicains » sont décidément très forts, eux qui passent leur temps à pourfendre l’extrême droite de l’outrance et de l’exagération !

Dans les dernières pages de ce chapitre consacré à l’immigration, confirme son manque patent de hauteur de vue et d’analyse de fond. Il commence en effet par critiquer le fait que le FN ne soit pas « pour la construction de mosquées », « pour la formation d’imams en France », etc. La France de Maël de Calan, celle qui détruit ses églises, tourne en dérision ses prêtres, refuse de connaître ses racines chrétiennes va donc aller voir la communauté musulmane pour lui proposer de construire ses mosquées et de former ses imams ? Des gouvernements successifs qui ont passé leur temps à expliquer que faute de pouvoir dégager quelques centaines de milliers d’euros annuels pour entretenir notre patrimoine religieux vont aller trouver les responsables musulmans pour leur expliquer qu’ils ont des millions d’euros de budget pour construire de nouvelles mosquées et payer la formation des imams ? Avec quelle crédibilité ? Aucune, et la plupart des musulmans ont raison de se méfier des velléités de création d’un islam de France qui serait sous le contrôle d’une élite qui a montré le peu de considération qu’elle avait pour le fait religieux en tant que tel. Et la défiance de l’islam à l’endroit de l’Etat a toute les chances d’être encore plus grande que celle qui avait prévalu avec le catholicisme, d’une part parce que, dans ce dernier, il y a, n’en déplaise à tous les libertaires attitrés, les fondements de notre nation et de son régime politique et de l’autre parce que l’islam est une religion beaucoup plus globalisante que le christianisme, régissant non seulement la foi de ses croyants mais également leur vie économique, politique et sociale.

Le programme du FN : s’aimer soi-même pour aimer sainement son prochain

Finalement, une lecture honnête du programme du FN de Marine le Pen, fait apparaître une toute autre vision des choses. Son but n’est pas de haïr ou d’exclure qui que ce soit. D’ailleurs elle prend systématiquement le soin de le préciser dans toutes ses prises de position, qu’elles soient écrites ou orales. Suivre Calan dans sa théorie quasi complotiste, c’est se débarrasser à bon compte du débat et de son exigence. Ce que propose de faire Marine le Pen ce n’est ni plus ni moins que la restauration du creuset national et républicain français. Pendant des décennies, les soixante-huitards et autres néolibéraux au pouvoir ont cherché par tous les moyens à effacer notre culture, notre histoire, nos racines. Dans les années 80, à la question « qu’est-ce que la France ? », on a appris à une génération entière à répondre « la France ? Connait pas ! ». L’idée sous-jacente était simple : des centaines de milliers d’étrangers arrivaient en France suite au regroupement familial, transformant l’immigration de travail en immigration de peuplement. Comme la situation économique ne permettait plus d’assimiler un nombre aussi important, on a tenté l’intégration. Derrière ce terme en apparence neutre, qu’a-t-on fait ? Ni plus ni moins qu’effacer ce que nous sommes, effacer notre identité. En clair, faire oublier à la France ce qu’est la France. Une fois devenus non plus les citoyens d’une « vieille et glorieuse nation » mais les homo oeconomicus désincarnés et neutres d’un marché où le consumérisme le dispute à l’hédonisme, les étrangers arrivant sur notre sol, eux-mêmes déracinés, nous suivraient dans notre odyssée vers le vide et nous deviendrons, tous ensemble des individus-monde heureux et repus… En clair, les libéraux-libertaires qui ont pris la relève du gaullisme historique se sont convaincus que ce qui avait été possible pour la vieille France, celle des clochers, des villages, des familles, la France des pères qui a été emportée par la révolution sociétale de la dictature du désir, allait l’être pour l’islam et autres identités allogènes s’installant en France ; comme si les cascades l’individualisme et de ses caprices, déchaînés par le démantèlement, en mai 68, de toutes les barrières qui les canalisaient allaient faire leur œuvre et emporter dans leur torrent l’identité des nouveaux venus, le but ultime étant de faire émerger une génération de zombies standardisés.

Las, les élites qui ont conçu et mis en œuvre une telle philosophie ont oublié Hegel et sa dialectique ; ils ont oublié que l’Histoire est aussi tragique que les destins des individus qui la composent. Le fait de nous vider de notre substance a provoqué chez les nouveaux arrivants le réflexe exactement inverse, aisément compréhensible, tant le reniement de ce que nous sommes n’est ni plus ni moins qu’un suicide dont les autres cultures ne veulent évidemment pas. Tout à notre joie de trancher net veines jugulaires et talons d’Achille identitaires, nous n’avons pas vu que pendant ce temps, les immigrés et les Français de fraîche date, eux, se ruaient sur la leur. Dans les années 60, travailleurs français et immigrés, musulmans, juifs et chrétiens, se retrouvaient tous après le boulot au bistrot du coin pour savourer le petit jaune. Trois décennies plus tard, les enfants de ces derniers non seulement refusent le bistrot et le petit jaune mais refusent aussi le porc dans les cantines, les piscines mixtes, et les médecins masculins qui examinent leurs mères ou leurs sœurs. Pis, les barbes et les voiles fleurissent dans nos rues ainsi que les kamis et les djellabas.

Dans un article récent publié dans le Monde du 21 mai 2016, intitulé Une vie de jeune fille voilée, le journaliste relate plusieurs exemples de jeunes filles ayant, contre l’avis de leurs parents, décidé d’un retour à leurs sources identitaires et religieuses. « Contre l’avis de ses parents musulmans pratiquants, écrit le journal du soir, Narjess, 22 ans, a enfilé son voile du jour au lendemain : « j’ai rêvé que je portais le voile, ça a été un déclic », précise-t-elle ». Mais la suite, qui décrit la réaction de ses parents, est emblématique : « Son père, immigré qui ne « veut pas choquer, a tout fait l’en dissuader. Il lui a vanté les vertus de la discrétion française en matière de religion, lui a parlé des lois, s’est lamenté de cette jeunesse gâchée par un bout de tissu… Mais elle n’a rien voulu savoir : « la religion, c’est la religion », a-t-elle tranché ». Voilà qui résume le glissement décrit plus haut.

Le paroxysme dialectique de cette logique ce sont les attentats de 2015 : en tuant Charlie Hebdo en janvier de cette année, les mélomanes et les clients des bistrots parisiens en novembre, une poignée de jusqu’aux-boutistes nous ont clairement fait savoir que notre nihilisme, notre platitude, notre horizontalité érigée en dictature du moi, ils n’en voulaient pas. Ces actes constituent la fin de la « parenthèse enchantée » de mai 68 : après la thèse et l’antithèse, vient la synthèse : cette attaques meurtrières nous obligent à présent à nous réinterroger sur qui nous sommes, à redécouvrir notre identité et nous rendre à l’évidence que « l’homme ne vit pas seulement de pain » et qu’il n’est pas qu’un corps dont la raison de vivre ultime serait d’assouvir les besoins et les pulsions.

Cette politique de récupération de notre identité et de résurrection de notre creuset national doit être poursuivie et amplifiée par tous les moyens. De Gaulle disait : « lorsque la France va mal, parlez-lui de la France ». C’est ce que propose de faire le programme du FN avec « les productions retraçant les grandes épopées nationales ». Bien entendu, immigrés et Français récents devront faire un choix : laisser à la porte de la nation française tous les éléments culturels et religieux incompatibles avec notre culture et nos valeurs ou s’y refuser. Dans le premier cas, ils deviendront ce que nous sommes. Dans le second, ils devront se soumettre ou se démettre. A cette aune, il n’y a pas de réponse unique et globalisante à la question : « l’islam est-il soluble dans la République ? ». Il y a des choix individuels. Des millions de musulmans ne pratiquent pas et sont des Français à part entière qui respectent et acceptent nos lois, notre histoire, notre identité. Ils sont les bienvenus dans notre grande famille nationale. La France est une terre d’accueil généreuse et fraternelle et elle le restera. Mais, dorénavant elle renouera avec ce qu’elle n’aurait jamais du cesser d’être. En clair, elle restera elle-même en étant elle-même, en s’aimant elle-même d’abord, comme elle est et pour ce qu’elle est. En revanche, tous ceux, Français ou non, qui prétendraient vouloir s’assimiler à leurs conditions, s’arrogeant le droit de forcer la France à devenir ce qu’elle n’est pas et ce qu’elle ne sera jamais, s’excluront eux-mêmes de notre renaissance nationale.

Car si l’assimilation de millions d’immigrés a au final fonctionné au cours de ces nombreux siècles, ce n’est pas, comme on l’a dit, parce qu’il s’agissait d’une immigration européenne. Il est facile de dire cela ex post, une fois le processus terminé, qui en ces débuts a pu être très violent. Non, ce qui a fait réussir l’assimilation de ces étrangers, c’est qu’ils sont arrivés à un moment de l’Histoire où la France était la France, sans renoncement à elle-même ni compromission de ses valeurs. Que l’on songe à l’assimilation des Juifs sous Napoléon. Cette vision des choses n’est ni passéiste ni idéalisée. Si Monsieur de Calan décide d’aller s’installer quelque part dans le monde et d’y faire souche, il ne pourra pas, dans la plupart des cas, continuer à être ce qu’il est, c’est-à-dire un pur Français. C’est plus particulièrement vrai s’il émigre dans un pays à la culture à la fois très différente et très affirmée comme c’est le cas du monde arabe et même des pays asiatiques. S’il veut devenir citoyen de ces pays, ce sera une énorme affaire : il devra y vivre des décennies et montrer qu’il fait corps avec sa nouvelle nation. Le plus incroyable c’est que Calan et ses amis, à la lecture de ces lignes, opineront du chef en disant que tout cela est bien normal et qu’on ne peut prétendre vivre chez les autres en faisant partie d’eux si on ne le devient pas. Mais appliqué à la France, ce schéma se transforme subitement en entreprise populiste, néocoloniale quand ce n’est pas néofasciste. Pourquoi une telle haine de soi ?

Nos racines chrétiennes, dont d’ailleurs Monsieur de Calan se réclame, ne nous ont-elles pas enseigné qu’il fallait « aimer son prochain comme soi-même » ? Pendant 30 ans, il fallait seulement aimer son prochain. Puis, il a fallu renoncer à soi-même et enfin se haïr. Il faut reprendre à rebours ce processus, de manière positive et saine. Se redécouvrir, s’aimer soi-même, se réapproprier un héritage magnifique que le monde entier nous envie. En un mot comme en mille, refaire nation. Car au final, ne sommes-nous pas une nation, au même titre que les autres ?

Chapitre VI.-

De l’indépendance nationale tous azimuts à l’aplatissement national tous azimuts

La réponse à cette question est clairement non, si on lit le chapitre consacré à la politique étrangère de la France qui s’ouvre sur un drôle de constat. Pour l’auteur (page 241), « le FN a repris, en 1989, le flambeau du parti communiste qui a passé un siècle à défendre un système concentrationnaire ». D’abord le PCF n’est pas mort en 1989 et ensuite, on ne voit pas bien le rapport avec un FN qui a passé précisément sa vie à dénoncer, dans les années 70 et 80, les crimes communistes en étant taxé par les amis gauchistes de Maël de Calan de nazi et de réactionnaire…

« Un jour les professionnels de l’aplatissement prendront le pouvoir », de Gaulle

Puis l’auteur fait un rappel de la pensée unique en matière de relations internationales : « Depuis le général de Gaulle, ses grandes lignes, auxquelles la gauche socialiste s’est finalement ralliée en 1981, ont peu évolué : la France s’inscrit à la fois dans un système d’alliances européen et atlantiste, qui correspond peu ou prou à la carte des démocraties occidentales tout en conservant son indépendance stratégique et sa liberté de ton » (page 242). Cette description des choses est, une fois de plus tout à fait fallacieuse. Ainsi pour l’auteur, notre politique étrangère n’a pas varié depuis de Gaulle, ce qui est évidemment mensonger. En 1954, face à la tentative américaine de créer une Communauté Européenne de Défense, prétexte à un réarmement allemand, de Gaulle dit non. Et les communistes sont effectivement avec lui dans ce refus. Quand, le Royaume-Uni s’entête à vouloir entrer au sein de la CEE dans les années 60, de Gaulle répond non par quatre fois. Et quand, à la fin des années 50, les Etats-Unis émettent une fin de non-recevoir à la proposition française de refonder l’OTAN autour d’un directoire tripartite dont la France, de Gaulle retire notre pays du commandement militaire intégré de cette organisation en 1966. De même que quand tous les lobbies et les baronnies se sont activés pour transformer le projet européen en projet fédéral, de Gaulle s’y est opposé en mettant tout son poids historique dans la balance. C’étaient les années 60. C’était de Gaulle. Que reste-t-elle de la geste gaullienne en ce début de 21ème siècle ? Rien ou presque, n’en déplaise à Calan pour qui, rien n’a changé. La France a réintégré le commandement militaire intégré de l’OTAN (grâce aux autoproclamés gaullistes de l’UMP, la famille politique de Calan), la Grande-Bretagne a adhéré au marché commun qui s’est transformé sans elle, en Union Economique et Monétaire dotée d’une monnaie fédérale et l’Europe de la défense est en marche de manière spectaculaire… A cette aune, comment peut-on affirmer aussi grossièrement que la politique étrangère de la France n’a pas changé ces dernières décennies ? A ce stade il ne s’agit pas seulement d’un changement mais d’une véritable révolution.

Prenant un ton grave, l’auteur égraine ensuite les trois ruptures que se propose le FN en matière de politique étrangère.

  1. Rupture avec l’Europe, d’abord. Tétanisé, Maël de Calan réitère le fait que le FN n’est pas seulement pour la sortie de l’euro mais aussi pour la sortie de l’Union européenne, sur le ton « maman, j’ai peur ». Pour lui, « la disparition de l’Union entraînera la fermeture des frontières pour les personnes, la fermeture des marchés pour nos agriculteurs et nos entreprises, disparition de toutes les politiques communes depuis la politique agricole commune jusqu’à Erasmus ». Il a oublié l’invasion de sauterelles que ne manquera pas de provoquer la fin de l’UE. Et de conclure : « les conséquences pour la France en termes de recul économique et d’isolement politique seraient incalculables » (page 245). Bien entendu, le ton est encore et toujours aussi catastrophiste que faux. Sur la fermeture des frontières et des marchés, où Calan a-t-il vu que la France a attendu l’Union européenne pour que ses frontières s’ouvrent aux personnes et aux marchandises ? Faut-il lui rappeler que la France a inventé la mondialisation ? Qu’elle est elle-même mondialisée depuis des siècles en étant hors-les-murs ? Que ce pseudo intellectuel ouvre donc un livre de géographie et il y apprendra comment la France a irrigué l’Europe et le monde tout au long de son histoire. Un pays voisin, la Suisse, n’est pas membre de l’Union européenne. Que Calan ait le courage d’aller dire aux Suisses qu’ils vivent en autarcie et qu’ils sont totalement coupés du reste de l’Europe et du monde… Tout cela est grotesque. Avec ou sans l’UE, la France restera un pays ouvert, comme il l’a toujours été, mais pas aux quatre vents, comme il l’est depuis l’avènement de l’UE, de l’euro et surtout de Schengen. En ce domaine, comme dans les autres, il s’agit simplement de reprendre le contrôle de nos frontières, ce que l’auteur qualifie immédiatement de fermeture. Qu’y a-t-il donc de si condamnable et de si dramatique ? Tous les pays du monde ont des frontières et Maël de Calan trouve cela parfaitement normal, quand il se rend à l’étranger, de demander l’autorisation aux autorités étrangères compétentes, de les passer. Ce qui ne l’empêche pas de dénier ce droit à la France. S’agissant de la politique agricole commune et, plus généralement, des autres politiques européennes, il faut rappeler que le solde entre nos contributions au budget européen et ce que nous touchons montre un excédent net annuel en notre faveur de 7 Mds EUR. La fin de l’UE peut donc être assimilée, sur le plan économique et financier, à un effet de revenu positif en faveur de la France. Enfin, en ce qui concerne Erasmus, il s’agit d’un programme de coopération interuniversitaire impliquant une reconnaissance mutuelle des diplômes. Des programmes similaires existent avec des universités extérieures à l’UE. Sortir de l’UE signifie que notre politique étrangère ancestrale inclura notre politique européenne, même si, compte tenu de la géographie, celle-ci continuera à garder la priorité dans notre coopération internationale. En quoi est-ce si dramatique et angoissant ?
  2. « Deuxième rupture, d’ordre diplomatique, avec nos alliés de l’OTAN ». Et l’auteur de différencier la décision prise en son temps par le général de Gaulle et celle envisagée par le FN de Marine le Pen, celle-ci étant d’après lui, mâtinée d’un anti-américanisme virulent et d’une allégeance à la Russie. Là encore, l’auteur s’autorise des libéralités avec les faits qui sont tout simplement choquantes. Tout d’abord, quel est le plus aisé et le plus osé ? Sortir du commandement intégré de l’OTAN en 1966, trois ans après la Baie des Cochons, alors que l’affrontement entre les deux blocs est à son paroxysme ou sortir dans les années 2000 alors que l’ordre mondial qui a présidé à la création de l’OTAN a disparu ? Qu’est-ce qui est le plus facile : qu’un pays, la France, qui ne pèse pas lourd face aux deux mastodontes atlantiste et communiste dise que sa force de frappe nucléaire pourrait servir aussi bien à l’Est qu’à l’Ouest ou dire simplement, 50 ans plus tard, je veux récupérer ma pleine souveraineté militaire dans un monde devenu multipolaire de fait ? Calan, qui n’est d’ailleurs pas plus un spécialiste des relations internationales qu’il ne l’est de l’économie, a oublié les fondamentaux de la politique étrangère du général de Gaulle. A-t-on oublié que l’homme du 18 juin a été le premier dirigeant occidental à se rendre dans les pays de l’Est (et pas les plus libéraux à l’instar de la Roumanie) et le premier également à reconnaître la Chine de Mao au cours d’un voyage spectaculaire à Pékin ? Il était plus facile d’accuser de Gaulle d’allégeance à ces pays, à une époque d’exacerbation extrême des antagonismes qui rendaient le moindre geste, la moindre parole, suspecte. Et d’ailleurs la presse de l’époque et les ancêtres intellectuels de Calan s’en sont donnés à cœur joie en ce sens. Le général, s’il respectait la légitimité internationale, n’en faisait pas pour autant un corset des souverainetés nationales, comme l’a montré la crise de la chaise vide vis-à-vis de l’Union européenne ou la geste de 1966 vis-à-vis de l’OTAN. Le contraire de la vision de Calan et de ses amis qui, dès qu’ils mettent un pied hors des filets protecteurs d’une autre puissance (l’Angleterre, naguère, puis l’Allemagne et maintenant les Etats-Unis) font pipi dans leurs culottes. La liberté, individuelle comme nationale, nécessite un courage dont Calan et ses amis n’ont jamais fait preuve, en bons professionnels de l’aplatissement cher à de Gaulle. Souhaiter, au jour d’aujourd’hui, réintégrer la Russie dans le concert des nations, alors qu’elle est déjà, de fait, l’un des grands acteurs des relations internationales, en quoi est-ce anormal ? Dans l’histoire récente, force est de constater que c’est la Russie, davantage que les Etats-Unis et leurs alliés qui a respecté la légalité internationale et ce n’est pas elle qui installe des missiles et des bases militaires tout autour des frontières américaines, mais bien les Etats-Unis qui ne cessent d’étendre leur emprise sur les pays de l’ex glacis soviétique. Comment Calan peut-il à ce point voir les choses à l’inverse de ce qu’elles sont et voir dans la Russie l’agresseur alors que toutes les provocations viennent, en l’espèce, des Etats-Unis ?
  3. Après l’Union européenne et l’OTAN, la France de Marine le Pen « se propose en réalité de transformer la France paria sur le plan international et de la mettre au ban des nations pour finir par la remettre pieds et poings liés à une puissance hostile » (page 249). Calan reprend ainsi à son compte, de la manière outrancière qui est la sienne, la dialectique des médias et des politiques antigaullistes des années 60. Souvenons-nous à quel point les élites serviles de l’époque s’estomaquaient des velléités d’indépendance nationale du général, y voyant le risque d’isolement de la France. Il est vrai que les élites impuissantes et lâches, soucieuses avant tout de leur confort hédoniste, ont cru mettre la politique sous pilotage automatique pendant ces 40 dernières années, multipliant dans tous les domaines, les allégeances afin de limiter le pouvoir et de se défausser sur des structures lointaines de leur propre insuffisance. A l’heure où le monde redevient plus dangereux que jamais, il convient évidemment de dénoncer toutes ces formes d’asservissement, qu’elles soient inscrites dans des traités, des conventions ou des structures. Tout ce qui est susceptible d’entraver la souveraineté française et la liberté du peuple français doit être démonté et remisé aux oubliettes. Et si cette liberté retrouvée fait peur à certains farfadets, qu’ils aient le courage de le dire et se démettre. Car arrive un moment, comme disait de Gaulle, « où il faut se mettre d’accord avec ses arrière-pensées ». Enfin, pour l’auteur la répétition tient lieu de démonstration. Il réitère à l’envie que la Russie est une puissance hostile mais sans jamais le démontrer et pour cause. La Russie est une très vieille nation, amie de la France, qu’aucune frontière géographique ni idéologique n’a jamais éloigné. Calan a oublié les relations entre la cour du Tsar et la cour des rois de France ; oublié les liens entre octobre 1917 et la Révolution française : oublié les liens privilégiés de la France Libre avec l’URSS de Staline (les relations de de Gaulle avec les Anglo-saxons furent si exécrables qu’en 1943, de Gaulle avait même envisagé de déménager de Carlton garden’s à Moscou…) ; oublié Normandie-Niemen, etc. L’idée n’a jamais été, comme le prétend l’auteur, un renversement d’alliances au profit de la Russie. Affirmer cela à partir du simple constat d’intégrer la Russie dans lesdites alliances relève d’une servilité particulièrement honteuse aux soi-disant alliés actuels. Au final, en bon roquet, Calan se contente d’aboyer ce que ces maîtres politiques et idéologiques lui demandent d’aboyer…

Le reste des développements sur la Russie sont le signe inquiétant d’une inculture et d’une propagande telles qu’y répondre lui ferait trop d’honneur.

En revanche, il est impossible de laisser passer les considérations de Maël de Calan sur les soi-disant amitiés qu’entretiendrait Marine le Pen et le FN avec les dictateurs. Dans le monde de Maël de Calan, il y a les tout gentils d’un côté et les méchants pas beaux de l’autre. Les Américains et leurs alliés sont toujours les gentils, les autres, Noirs ou Arabes, sont vilains. On le voit, le racisme se loge là où l’on s’y attend pas… Se poser la question de savoir si ce fut une bonne affaire pour la Lybie que de la débarrasser de Kadhafi c’est « entretenir un lien d’amitié avec ce dernier »… Si la niaiserie avait un visage, il ressemblerait beaucoup à celui de Calan. Eh oui, Monsieur de Calan, le monde des relations internationales et des rapports de force mondiaux est celui de plusieurs nuances de gris. C’est le monde du relatif, jamais celui de l’absolu. La question n’est donc pas « était-ce une bonne ou une mauvaise chose de chasser Kadhafi du pouvoir ? » mais « la Lybie est-elle mieux sans Kadhafi qu’avec ? ». La nature de la question détermine, comme on le voit, la nature de la réponse. C’est la même chose avec la Syrie. Non Bachar Al Assad n’est pas un ange tout blanc ; c’est même le pire … à l’exception de tous les autres. Que diable, Maël de Calan a-t-il oublié que l’Amérique de Roosevelt s’est alliée avec l’URSS de Staline, l’ogre aux 50 millions de morts, afin de vaincre l’Allemagne nazie ? Si on avait suivi le raisonnement de Calan, Hitler serait encore au pouvoir, puisque Staline était méchant pas beau…

Décider de ses rapports avec les nations du monde est toujours décider dans l’incertitude radicale et les décisions prises sont toujours non pas les meilleures par rapport à un idéal absolu inexistant mais par rapport aux circonstances. Si nos amis devaient toujours être innocents et sans tâches, nous devrions nous résoudre à l’autarcie. Le problème c’est qu’un pays aujourd’hui s’arroge le monopole de dire aux nations du monde qui est fréquentable et qui ne l’est pas : les Etats-Unis. D’ailleurs, Calan le reconnaît à demi-mots en affirmant que se lier d’amitié avec des puissances qui n’ont pas reçu le tampon de l’Oncle Sam constituerait un grave danger pour la France car ce blanc-seing pourrait être retiré du jour au lendemain, laissant la France avec ses encombrants alliés. En clair, donc, en dehors de l’alignement de la France et de sa politique étrangère sur l’Amérique et, en incidente, sur celle de l’Allemagne, point de salut. Finalement, la servilité de Calan et de ses maîtres à penser n’est pas sans rappeler l’esprit de collaboration des années 40. Avec Calan, ce n’est ni plus ni moins qu’une victoire posthume du vichysme qui nous est proposé. Pas étonnant dès lors que lorsqu’une force politique se propose de ressusciter l’héritage d’indépendance et de souveraineté nationale du général de Gaulle, Calan en perde les pédales. « En règle générale, écrit-il page 260, si vous êtes mal vu des Etats-Unis, vous avez toutes les chances de devenir l’ami du Front National ». Encore heureux, pourrait-on là encore lui répondre. Si la France a tenu pendant si longtemps « un rang dans le monde » c’est bien en raison de son irrédente indépendance vis-à-vis de tous les carcans idéologiques et tous les modèles pré-formatés de sociétés. En clair, quand un pays était mal vu des Etats-Unis il avait toutes les chances de trouver en la France sinon une amie, du moins une conseillère bienveillante parce que compréhensive. Quel est donc l’avantage de cet autisme pro-américain aveugle dans lequel Calan veut enfermer notre politique étrangère ?

Dans le paradigme du général de Gaulle, la France doit parler au monde entier et surtout à nos éventuels ennemis. Rompre, comme l’a fait Sarkozy, les relations diplomatiques avec la Syrie, était une stupidité car avec nos amis, nous n’avons pas besoin d’ambassade pour parler… Dans le paradigme du général de Gaulle, avoir des alliances avec un camp n’empêche pas de dialoguer de manière étroite avec d’autres nations, dussent-elles se classer dans un camp adverse. Les amis de Calan au pouvoir ont cassé cette universalité diplomatique française en tissant des liens étroits (voire incestueux) avec certains pays (le Qatar par exemple) au détriment d’autres (l’Arabie). Un tel unilatéralisme rompt avec la tradition diplomatique française, ouverte à tous et parlant avec tous, et qui est, d’une certaine manière responsable d’une grande partie de la perte d’influence et de crédibilité de la France dans le monde. Proposer, comme le fait le FN de Marine le Pen de renouer avec le concept de politique étrangère (et de défense donc) tous azimuts, cher à de Gaulle, est plus qu’urgent afin de restaurer la place et l’image de notre pays.

Chapitre VII.-

Affaires politiques :

que les Républicains balaient devant leur porte !

Jusque-là procureur de la pensée unique, Maël de Calan se transforme en procureur tout court, dans un septième et dernier chapitre « le FN cumule toutes les turpitudes qu’il dénonce dans la vie politique ».

Là encore, parler de ce qui n’existe pas lui permet d’éviter l’évocation de ce qui existe. Et de partir sur les chapeaux de roue s’agissant des quatre « affaires » concernant le FN. Sans vouloir céder le moins du monde à la nécessité de présenter les choses de manière sincère, l’auteur ne dit à aucun moment que, pour l’heure, ces affaires ne sont que des plaintes, montées par on ne sait qui d’ailleurs, et qu’aucune d’entre elle n’a fait l’objet d’un jugement qui justifierait qu’il y consacre près de 20 pages… Et de conclure, page 260, sûr de lui-même dans l’incertitude : « soit, ce qui est plus vraisemblable, ces affaires sont avérées, ce que devra déterminer la justice. Dans ce cas les principaux cadres du FN finiront devant les tribunaux et devront rendre des comptes ». Evidemment, mieux vaut consacrer 20 pages à des affaires fictives parce que non avérées qu’avoir à reparler, probablement sur des centaines de pages des affaires qui concernent les maîtres de Calan. Laquelle préfère-t-il donc évoquer : les affaires Bédier, Clearstream (1 et 2), la cassette Méry, les frais de bouche des époux Chirac, affaire du tramway de Nice, l’affaire Gaymard, l’affaire Karachi, l’affaire Takkieddine, l’affaire Sarkozy-Kadhafi, l’affaire Bygmalion, l’affaire des sondages de l’Elysée sous Sarkozy, l’affaire Sarkozy-Herzog-Azibert, … on en perd son souffle et la liste est encore longue, très longue. Vous en voulez encore, Monsieur de Calan, où bien est-ce suffisant ?

Allez une petite dernière pour la route qui, on peut en être sûr, vous parlera. L’affaire de l’UIMM. Vous savez, ce syndicat des patrons donc le délégué général était un certain Dominique de Calan qui, conjointement avec le patron Denis Gautier-Sauvagnac, a géré une caisse noire de 600 millions d’euros ? Interrogé sur l’objectif de cette caisse noire, les protagonistes ont affirmé devant un juge médusé qu’il s’agissait de « fluidifier le dialogue social » ! On ne parle plus ici d’une accusation ou de rumeurs, mais d’une affaire qui a été jugée et dont les protagonistes ont été condamnés, le dénommé de Calan ayant écopé d’une peine d’un an d’emprisonnement avec sursis et de 150.000 euros d’amende. On ne parle pas de quelques millions d’euros, encore fictifs, de membres proches ou lointains du FN mais de plus d’un demi-milliard d’euros, Monsieur de Calan ! Vous feignez de ne pas voir cette montagne qui vous concerne directement et vous vous excitez sur des pages entières sur un grain de sable !

Le récit que fait Patrick Ciron, le chauffeur de Dominique de Calan à l’UIMM est édifiant. Le magazine Valeurs Actuelles du 21 octobre 2010 relate les minutes du procès : « D’emblée, l’ex-chauffeur de Calan livre ses états d’âme, révélant qu’il travaillait 80 heures par semaine au mépris du droit social… sans pouvoir bénéficier de RTT ! Puis il dénonce le manque d’élégance de son patron. Comme ce jour où il l’accompagne pour dîner dans les environs de Chantilly chez le secrétaire général de FO, Marc Blondel. Ciron n’a pas oublié : alors qu’il se fait tard, le numéro deux de l’UIMM lui demande de laisser la voiture et de rentrer à Paris par ses propres moyens. Le malheureux fera du stop, la nuit, en pleine forêt, pour se rendre à la gare ! Ciron n’a pas davantage oublié qu’il lui est arrivé d’effectuer jusqu’à 2 000 kilomètres avec Calan en une seule journée ! ». Voilà donc le monde dans lequel Maël de Calan a été élevé. On comprend qu’il apprécie peu la « lourdeur du code du travail » !

Vous citez l’Evangile et la parabole de la paille et de la poutre, oubliant vos poutres à vous et vous arrogeant l’insupportable droit de pointer les pailles dans l’œil de vos adversaires. Et ce, quand même les soi-disant affaires que vous soulevez ne sont …que des feux de paille !

Conclusion.-

Restaurer la grandeur nationale et le rang de la France

Au final que retenir de cet opuscule ?

En premier lieu, qu’il est conforme à la personnalité d’Alain Juppé et de ses clones. Enfermés dans une pensée désormais religieuse dans les années 2000 après avoir été unique dans les années 90, ils se drapent des habits des idéologues aussi fanatiques que bornés pour d’une part nier toute réalité et d’autre part excommunier pour fascisme et populisme tous ceux qui ont le malheur de lever le voile sur cette réalité.

En second lieu, le décalage entre le peuple et les élites passe du fossé au canyon et les élites au pouvoir le savent. Fidèles à ce que furent leurs ancêtres, celles-ci s’accrocheront au pouvoir avec autant de détermination que leur aveuglement au désastre les rendra de plus en plus impopulaires (et le degré de défiance est aujourd’hui paroxystique). Dès lors, le choix qui s’ouvre devant nous ne sera guère plus ouvert que ceux qui ont prévalu tout au long de notre tragique histoire : où le changement interviendra de manière démocratique et les élites n’auront le choix que s’y plier ; ou bien celles-ci, comme à l’accoutumée, useront de tous les leviers d’action et d’influence possibles et imaginables afin de tenter de sauver leur vision des choses et, partant, leur pouvoir. Notre démocratie est-elle suffisamment mûre pour que la révolution se fasse exclusivement dans les urnes ? Réponse aux prochaines échéances…

[1] La doxa actuelle n’est pas reconnue comme libérale les écoles appartenant à ce courant, à commencer par l’Ecole de Chicago…

[2] Le discrédit politique des partis est tel que leurs représentants n’osent plus faire de déplacements en France. Seule Marine le Pen est accueillie à bras ouverts partout où elle va…

[3] On se retiendra, par pitié, de comparer avec Raymond Aron, Alain Pierrefite ou d’autres grands essayistes politiques…

[4] Voice on Internet Protocol. Les applications utilisant cette technique sont le cauchemar des services de renseignements qui ne peuvent épier aucune conversation…

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Guillaume 01/07/2017 22:44

Analyse fine et tout a fait convaincante mais qui ne s'adresse pas aux types de décérébrés comme les deux specimen qui ont laissé leurs "commentaires"...