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Les Néo-gaullistes ou la victoire posthume de l'anti-gaullisme

Publié le 12 Septembre 2016 par Jean MESSIHA

Les néo-gaullistes ou la victoire posthume de l’anti-gaullisme

Par Jean MESSIHA

Au cours de ces dernières années, le curseur politique français a connu un décentrage homothétique vers la gauche. La ligne aujourd’hui défendue par Les Républicains est peu ou prou celle de l’UDF des années 70 ; l’UDF s’est gauchisée en devenant une sorte de centre-gauche sur le créneau occupé par Emmanuel Macron (qui a succédé à Dominique Strauss-Kahn), tandis que le Front National s’est substitué au RPR de l’appel de Cochin.

Électoralement, toute la frange d’électeurs fidèle au gaullisme des origines est donc totalement orpheline et ne se retrouve plus dans le créneau euro-atlantiste qui est celui des Républicains. Représentant encore plus du tiers des troupes des LR selon différents sondages, cette frange des LR constitue un réservoir de voix déterminant qui a vocation à voter pour la candidate Marine le Pen dont la ligne politique résolument pour la souveraineté et l’indépendance de la France est susceptible de les séduire.

La conséquence capitale d’un tel décentrage est, outre le fait que le Front National se place résolument comme le seul parti de la souveraineté et de l’indépendance de la France, les autoproclamés gaullistes d’aujourd’hui s’installent confortablement dans les fauteuils capitonnés de l’anti-gaullisme des années 60.

Pour étayer cette assertion, plusieurs exemples.

  1. Les « gaullistes » des Républicains réintègrent le commandement intégré de l’OTAN avec les mêmes arguments de l’anti-gaullisme des années 60
  1. En 1966, de Gaulle décide le retrait du commandement intégré pour deux raisons majeures
  • La première est le recouvrement de « l’entier exercice d’une souveraineté » pleine et entière. Contrairement à ce que l’on a pu croire a posteriori, cette geste gaullienne ne signifiait pas faire cavalier seul ou s’isoler du reste du monde (arguments abondamment repris aujourd’hui par le système des médias et des partis dès que la récupération des outils de la souveraineté nationale est évoquée). Dans l’esprit du Connétable, le recouvrement de la souveraineté ne doit en aucune manière compromettre l’impératif de « s’entendre avec {ses alliés] quant aux facilités militaires à s’accorder mutuellement dans le cas d’un conflit ou elle s’engagerait à leurs côtés ;
  • La deuxième raison était d’éviter d’être intégré dans des guerres qui ne sont pas les nôtres. De Gaulle avait vécu de trop prêt les véritables machines infernales constituées par des alliances militaires trop étroites qui ont conduit au déclenchement de deux guerres mondiales.

Toujours au cours de cette année 1966, comment a réagi le système médiatico-politique de l’époque ? Une motion de censure est déposée, à l’initiative des partis centriste et socialiste (le PS de l’époque donc …) contre la décision du général de Gaulle. Motivée par plusieurs arguments (fond et forme), cette motion étaient appuyée par des personnalités atlantistes – donc antigaullistes – de premier plan :

  • Guy Mollet, le socialiste, reproche au général une politique « cocardière » menée par un dictateur : aujourd’hui, ce mot a disparu du vocabulaire socialiste, remplacé par « populiste d’extrême-droite »[1] ;
  • Edgar Faure, membre du parti radical, ministre du général de Gaulle et chantre du rapprochement entre radicalisme et gaullisme, fustige un « choix aventurier » et déplore le risque d’un déséquilibre du bloc occidental au profit du bloc soviétique ;
  • René Pléven, le centriste, attaque les velléités d’indépendance du général de manière brutale à l’Assemblée nationale : « il me semble, dit-il au Premier ministre présent dans l’hémicycle, que vous qui accusez si souvent nos critiques de céder à je ne sais quelle mystique de l’intégration, ayez cédé à une mystique inverse, celle de l’indépendance nationale absolue »[2] !

La frange médiatique n’en était pas non plus en reste. Le Journal de droite anti-gaulliste « l’Aurore » martèle que : « La présence américaine pendant des années a été pour nous comme pour nos voisins la garantie, la seule, de nos libertés nationales »[3] regrettant ainsi les choix du général en se montrant ouvertement atlantiste.

1.2. En 2007, les « gaullistes » de l’UMP endossent l’étendard des antigaullistes des années 60 pour trahir l’héritage du général

Plus de quarante plus tard, il est intéressant de noter que les « gaullistes » de l’UMP décident une réintégration du commandement intégré de l’OTAN pour exactement les mêmes raisons qui avaient servi aux anti-gaullistes à contester le retrait voulu par de Gaulle. Sarkozy justifie cette décision par une pirouette qui n’a vraiment rien d’historique :

« Ce que j’ai découvert, c’est que, alors que nous sommes dans l’OTAN – car nous y sommes –, il y a bien peu de personnes qui le savent. […] Il fallait remettre en cause nos certitudes, et, plus difficile, nos habitudes, nos complaisances. C’est souvent ce qu’il y a de plus difficile en France. Or le monde change. La France doit donc changer pour rester elle-même (…). La France sait aussi qui sont ses alliés et qui sont ses amis : nos amis et nos alliés, c’est d’abord la famille occidentale. »

Nicolas Sarkozy, discours le 11 mars devant la Fondation pour la recherche stratégique, jour de l’intégration de la France au commandement intégré de l’Alliance.

La décision de Nicolas Sarkozy de réintégrer l’OTAN suscite un vif débat au sein de la classe politique :

  • Le Parti socialiste, dans un communiqué publié le 10 février 2009, dénonce la perte de la capacité de la France à défendre une politique étrangère autonome. Toutefois, revenu au pouvoir en 2012, François Hollande s’assoit sur ces déclarations, commande un rapport à Hubert Védrine qui avalise de fait la politique de Sarkozy en l’espèce, avec pour seul argument qu’une nouvelle sortie nuirait à l’image de la France ! Au sein de la gauche socialiste, seul Jean-Pierre Chevènement fait entendre un son de cloche différent, jugeant la décision inopportune ;
  • Le Parti communiste, le seul qui finalement avec le FN (encore une similitude avec les années 60 où gaullistes et communistes se retrouvaient comme alliés de fait, bien que pour des motivations très différentes, sur des questions capitales pour la France) estime quant à lui que « ni la France, ni l’Europe ne doivent être associées à une stratégie fondée sur la hiérarchie des puissances, sur la force et sur la guerre » ;
  • Le Mouvement démocrate de François Bayrou (Modem) s’inscrit également en faux contre la décision de réintégration mais ses arguments sont éminemment atlantistes. La grande affaire pour les centristes est toujours le projet de défense européenne, dont ils n’ont jamais digéré l’échec en 1954. Ils voient donc dans la réintégration de l’OTAN une mort de fait de la défense européenne. Il explique en effet que cette réintégration vide de son sens le projet de défense européenne et en dénonçant l’absence de contrepartie obtenue par la France ;
  • Au sein de la droite, certains expriment également leurs réticences comme l’ancien Premier ministre, Dominique de Villepin, qui déclare que la France va se retrouver rétrécie sur le plan diplomatique.

Au final, le « gaulliste » François Fillon engage la confiance de gouvernement et l’Assemblée vote à 329 voix pour 228 opposées. Le jour du vote il revient à la charge avec les mêmes poncifs sarkozystes, qui sont ceux de l’anti-gaullisme des années 60 :

  • « Normaliser les relations avec l’Alliance atlantique par les évolutions géopolitiques »[4] ;
  • « Déplore de surcroît le danger « de sacraliser le statut quo » hérité du gaullisme »[5] ;
  • « S’inscrit dans le cadre d’une politique globale destinée à renforcer notre sécurité intérieure et à développer l’influence et le rayonnement de la France en Europe et dans le monde »[6].
  1. La conception LR des relations franco-russes ressemble étrangement à celle des ennemis politiques du général de Gaulle

2.1. La politique russe du général de Gaulle se basait sur les relations historiques de la France avec ce pays et symbolisait l’indépendance absolue de la politique étrangère française

L’indépendance nationale tous azimuts du général de Gaulle se traduisait dans le domaine de la politique étrangère par une liberté totale de nouer des relations y compris avec des nations non amies. Contrairement à ce que l’on dit aujourd’hui, cette attitude du général vis-à-vis des États-Unis ne relevait en rien d’un anti-américanisme primaire. Pour preuve, la France restera un indéfectible allié clairement y compris y surtout au cours des grandes crises qui ont jalonné le monde bipolaire (baie des Cochons en 1963 par exemple).

Cette politique était également motivée par une tradition russophile de la France. Historiquement les relations franco-russes sont anciennes et étroites. En 1892 fut signé un accord entre la France et la Russie établissant une alliance franco-russe. Elle se manifeste notamment par la visite médiatisée du tsar Nicolas II à Paris, en 1896. Cet accord reste en vigueur jusque 1917 (date à laquelle l'Empire russe est renversé par la révolution bolchévique). Pendant la Première Guerre mondiale, l'Empire russe et la France sont alliés contre la Triplice conclue entre l’Empire allemand, l’Empire austro-hongrois et le royaume d’Italie. En 1935, l'URSS et la France signent un traité d’assistance mutuelle. Pendant la Seconde guerre mondiale, l’Escadron de chasse 2/30 Normandie-Niemen des Forces aérienne françaises libres (FAFL) combattit sur le front de l’Est dans les rangs soviétiques.

Cette russophilie historique de la France, forgée dans les pires épreuves du 20ème siècle, est endossée par le Connétable et symbolisée par son voyage à Moscou de 1966 dans le sillage de son retrait du commandement intégré de l’OTAN. Sa politique de rapprochement de l’URSS était basée sur l’idée que les nations survivent aux régimes politiques. Dans l’esprit du général de Gaulle, nulle sympathie pour le régime communiste qu’il considérait comme un système politique odieux et criminel. Sa sympathie allait vers la Russie éternelle qui, dans son esprit, survivrait au communisme dont il prophétisa la fin prochaine. Ainsi, de Gaulle explique dès 1964 : « il est de l'intérêt de la France d'avoir de bons rapports avec la Russie. Cela a toujours été une bonne période de notre histoire, quand la France est en étroite relation avec la Russie »[7].

2.2. Les « gaullistes » des Républicains pour une UE anti-russe

Aujourd’hui, quand on écoute les « gaullistes » de LR, force est de constater que l’esprit de la relation historique franco-russe a été dévoyé pour ne pas dire trahi. Bien que certains dirigeants « républicains » aient plus ou moins viré leur cuti en appelant à un discuter avec l’Etat russe, les propos de Sarkozy autant que les développements de Maël de Calan qui s’exprime au nom d’Alain Juppé, montrent à quel point les « gaullistes » ont liquidé, là encore, l’héritage du général.

Il est vrai que l’initiative des sanctions à l’encontre de la Russie a été prise à l’initiative de l’UE. Ce sont ainsi les délégations massives de souveraineté consenties par la France à l’UE qui a rendu possible une réorientation majeure de notre relation bilatérale avec la Russie, sans possibilité, comme sur bien d’autres politiques qui ne sont plus souveraines, de faire entendre notre singularité. Les prises de position de certains Républicains ne peuvent, dans cette perspectives, être considérées comme des postures ou des gesticulations. En effet, F. Fillon et Sarkozy ont beau appeler de leur vœux la conservation de relations avec la Russie, la position des ténors « gaullistes » est loin d’être consensuelle. Bruno Le Maire estime par exemple que « Poutine n'est pas le bienvenu en France tandis qu’Alain Juppé dénonce régulièrement « un excès de russophilie aiguë » à l'UMP… La réalité est que tout ce débat ressemble à un théâtre d’ombres puisque, pour ou contre les sanctions prises par l’UE, la France, en l’état actuel, n’a aucun moyen de les infléchir. Le rétablissement d’une relation bilatérale équilibrée avec la Russie passe par le recouvrement de notre pleine souveraineté diplomatique.

  1. Le général de Gaulle s’est battu pour une Europe des Nations quand ses héritiers auto-proclamés s’entêtent dans la voie d’une Europe supranationale

3.1. Le gaullisme historique est celui de l’Europe des souverainetés et des coopérations

L’intransigeance du général sur l’indépendance nationale est appliquée également sur la question européenne. Avec pour corollaire, la nécessité de la coopération, en particulier l'Allemagne.

Sur la question de l'Europe, de Gaulle est parfaitement clair : « Des sommes gigantesques vont s'accumuler, et on va les confier à qui ? A des individus qui ne sont responsables de rien (…) on va inventer un pouvoir fou et, pour le contrôler, on va avoir une institution aussi artificielle que l'assemblée de Strasbourg »[8]. L'Europe telle que pensée par de Gaulle s'oppose frontalement à la vision des européens comme Jean Monnet de faire des Etats-Unis d'Europe dans laquelle les nations se dilueraient.

Ainsi, la question n'est pas de savoir si l’Europe, réalité géographique doit se doter ou non d’un projet politique ; elle est de définir ledit projet et la forme institutionnelle que ce projet doit prendre. En 1963, de Gaulle affirme en effet : « Notre objectif, c'est de réaliser l'union de l'Europe. Si j'étais tenu à réconcilier la France et l'Allemagne, c'est pour une raison toute pratique : c'est parce que cette réconciliation est le fondement de toute politique. Mais quelle Europe ? Il faut qu'elle soit vraiment européenne. Si elle n'est plus l'Europe des peuples, si elle est confiée à quelques organismes technocratiques plus ou moins intégrés, elle sera une histoire pour professionnels, limitée et sans avenir ».

En 1965, Jean Lecanuet, fervent opposant à de Gaulle, en campagne et s'adressant aux français, ironise autour du concept cher au général, de la souveraineté qu'il décrit comme « archaïque ». Lecanuet se vantait alors d'être dans l'héritage diplomatique de Robert Schumann, souhaitant « fusionner les intérêts la vie des peuples de telle sorte qu'au terme de ces évolutions il n'y ait plus des États séparés et antagonistes ; mais un seul et même peuple ». Lecanuet se satisfait alors de la mise en œuvre d'institutions supranationales citant pêle-mêle Euratom, CECA, marché unique, etc. Fidèle à la méthode Monnet, Lecanuet croit en la méthode des petits pas, petites réalisations par petites réalisations, au bout du chemin, apparaîtrait un peuple européen.

3.2. Les Républicains, fossoyeurs de l’Europe gaullienne

Certes, à titre individuel, certains Républicains s’inscrivent contre cette fuite en avant européiste. Des personnalités comme Henri Guaino ou Jacques Myard sont de ceux-là. Mais ils ne sont pas en mesure d’infléchir la ligne politique du parti, européiste et supranationale. Le symbole le plus puissant étant la ratification du traité de Lisbonne, copie-conforme, de l'aveu même de VGE, de la « constitution européenne » qui avait été massivement rejeté par le peuple français par référendum en 2005. François Fillon va même jusqu’à justifier cette trahison : « On nous a expliqué, mers chers amis, qu'il existait deux France - une France du « oui », et une France du « non ». La vérité, c'est qu'il n'existe qu'une seule France, qu'elle veut prendre sa part de ce rêve, et qu'elle possède, avec le Traité de Lisbonne, une chance de le concrétiser »[9] !

Mais la trahison la plus spectaculaire de l’Europe gaullienne par ses héritiers concerne la monnaie. Jamais, ô grand jamais, le général n’aurait souscrit à un projet de monnaie unique, lui qui a pratiqué la chaise vide à l’occasion de quelques problématiques agricoles ! A fortiori, l'euro qui s'inscrit dans un projet fédéral qui ôte une compétence régalienne de l'Etat. Pourtant :

  • Nicolas Sarkozy explique en réponse à Marine le Pen que « sortir de l'euro serait une folie »[10] ;
  • François Fillon en appelle à une rénovation institutionnelle en faveur de davantage encore d'intégration et de supranationalité via la mise en œuvre d'un « secrétariat général de la zone euro complètement autonome de la Commission qui assure la zone économique ». Plus loin, il en appelle, « à terme, à la création d'un trésor européen » ;

Alain Juppé avouait, lors d'une émission à France 2, être « en faveur d'une fédération européenne au journaliste J. Quatremer, rajoutant qu'il « reconnaissait que cela impliquera des partages de souveraineté supplémenta

[1] Jean Dominique Merchet, Les socialistes voulaient maintenir la France dans l’OTAN, site libération.fr, 9 mars 2009.

[2] Jean Charpentier, Le retrait Français de l’OTAN, in Annuaire français de droit international, volume 12, p. 412 (disponible sur persee.fr).

[3] Rapporté par D. Vidal, in Le Monde Diplomatique, avril 2008 .

[4] AFP, L’Assemblée nationale donne son feu vert au retour de la France dans l’OTAN, lemonde.fr, 08 mars 2009.

[5] Ibid.

[6] Galaud F., Otan : Fillon engagera sa responsabilité devant l’assemblée, le figaro.fr ; 5 mars 2009.

[7] Peyrefitte A., C'était de Gaulle, tome 2, editions de Fallois, p. 313.

[8] Ibid., page 282.

[9] Discours de F. Fillon sur le traité de Lisbonne, 2008, consultable ici: http://discours.vie- publique.fr/notices/083000351.html

[10]http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/06/27/97002-20110627FILWWW00466-sarkozy-fustige-la-sortie-de-l- euro.php

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