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Peut-on encore se permettre de perdre cinq ans ?

Publié le 18 Janvier 2017 par Jean MESSIHA

PEUT-ON SE PERMETTRE DE PERDRE ENCORE CINQ ANS ?

Jean MESSIHA

« Les faits de l’Histoire ne sont jamais totalement analogues, mais souvent homologues » (Goethe).

A 40 années d’intervalle, la scène politique française nous donne une magistrale illustration de cette citation.

A la fin des années 70, François Mitterrand connaît une nette remontée dans les sondages, confirmée, sur le terrain électoral, par une dynamique très forte. L’union de la gauche proposait un programme de gouvernement en totale rupture avec le système gaulo-giscardien ; pire, il prenait le contrepied de la nouvelle orientation mondiale ouverte par Margaret Thatcher et Ronald Reagan en 1980. La Grande-Bretagne et les Etats-Unis ont, à cette époque, ouvert la voie d’un nouveau paradigme international autour de la dérégulation des marchés, du libre-échange et du retrait maximal de l’Etat de la sphère marchande. A contrario, le programme de Mitterrand prévoyait, outre la relance par la consommation et le recrutement de dizaines de milliers de fonctionnaires, la nationalisation des grandes banques et des grandes entreprises françaises. La gauche de l’époque était donc porteuse d’un véritable paradigme alternatif que venait compléter tout le volet social et moral avec l’arrivée, dans ses fourgons, de la génération étudiante de mai 68. Le système en place, menacé dans son idéologie autant que dans ses privilèges, a fait feu de tout bois pour décrédibiliser la gauche montante, n’hésitant pas à agiter des peurs quasi millénaristes sur le mode : si la gauche arrive au pouvoir, vous aurez les chars soviétiques à Paris dans les 24 heures … Tant et si bien qu’à la veille du premier tour de l’élection, alors que Mitterrand était donné gagnant par plusieurs sondages, des centaines de milliers de Français se ruèrent sur les magasins pour faire des provisions au cas où !

François Mitterrand est donc élu à la présidence de la République le 10 mai 1981 et commence à appliquer son programme keynésien, étatiste et soixante-huitard, au moment même où, convertie au néolibéralisme, la quasi totalité des pays partenaires de la France, appliquaient une politique exactement inverse. Le résultat en fut que la relance française de 1981-1982 a surtout bénéficié à nos concurrents. La hausse de la demande globale française (par la hausse du SMIC, le recrutement de fonctionnaires et la hausse des prestations et autres allocations) a dopé… nos importations de produits étrangers. Ces concurrents, à commencer par l’Allemagne, étaient en effet entrés dans une phase de politique économique restrictive conjuguant monnaie forte et assainissement budgétaire, dont le résultat a été de ralentir leur demande interne.  Dans ce contexte, la relance française a été vue comme une véritable aubaine dans un monde où la France était la seule à gonfler sa propre demande globale. La conséquence en a été que les pays concurrents de la France ont profité à plein de notre relance pour donner de l’air à leurs industries, par ailleurs pénalisées par la restriction budgétaire de leurs propres gouvernements.

Constatant l’échec patent du programme sur lequel il avait été élu, François Mitterrand décide de changer de portage et de rejoindre le nouveau cadre systémique mondial. Ce fut le tournant de la rigueur de 1983 : suppression de l’échelle mobile des prix et des salaires pour casser l’inflation, début de la politique du franc fort ainsi que d’une politique budgétaire restrictive et, plus globalement, mise en œuvre de la stratégie dite de désinflation compétitive.  Cette volte-face économique a été vécue par une grande partie de la gauche comme une véritable trahison. Politiquement, il fallut donc sans cesse donner des gages aux réfractaires pour s’en assurer la loyauté. Cela explique fondamentalement les errances économiques de la gauche avec les résultats que nous connaissons, à savoir l’accumulation simultanée de tous les défauts du néolibéralisme en termes de violence sociale et de tous les inconvénients de l’étatisme en termes de gabegie et d’étouffante bureaucratie.

Afin d’acter la conversion définitive de la gauche au marché, Mitterrand finit par nommer Premier ministre son ancien adversaire, Michel Rocard, en 1988. Encore sept années de perdus pour la France avec explosion du chômage et des déficits …

On ne prend pas les mêmes mais on recommence quand même

La séquence la fin des années 70 qui vient d’être brossée à gros traits n’est pas sans rappeler ce que nous vivons actuellement. Marine le Pen connaît une dynamique électorale indéniable depuis plusieurs années. Elle est la seule à porter un paradigme réellement alternatif, en rupture avec le système d’inféodation actuelle de la France. La différence fondamentale avec la gauche des années 70 est que le projet de Marine le Pen est, lui, en totale adéquation avec les mutations mondiales quand celui de la gauche allait en sens inverse de son époque.

En effet, par un de ces clins d’œil dont l’Histoire a le secret, les deux pays qui ont ouvert le cycle néolibéral en 1979 et 1980 sont ceux-là mêmes qui le referment en 2016 : la Grande-Bretagne avec le Brexit et l’arrivée de Theresa May au pouvoir et l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis. Il faut d’ailleurs préciser qu’avec le Brexit, la Grande-Bretagne entend également fermer la parenthèse de l’européisme. D’où la furie hystérique du système face à la dynamique électorale de Marine : il est assez surprenant que ce dernier y réagit exactement de la même manière que le système gaulo-giscardien face au phénomène mitterrandien : cataclysme économique, faillite généralisée, etc. bref les dix plaies d’Egypte. Toujours les mêmes peurs eschatologiques de ceux dont la seule angoisse est, au fond, de perdre leurs rentes et privilèges. Toujours les mêmes procès en incompétence et en solitude : « avec qui allez-vous gouverner ? Avez-vous des personnes d’expérience pour les nominations aux hautes fonctions administratives ? », etc. Pour répondre à ces procès, la gauche avait créé les GRACQUES, un collectif hautement confidentiel de hauts fonctionnaires, de politiques et de cadres dirigeants de grandes entreprises travaillant à la candidature de François Mitterrand. Marine, elle, dispose de ses HORACES, collectif de même nature, travaillant sur son projet présidentiel. Les premiers travaillaient à un projet d’un autre âge quand les seconds eux intègrent le changement en cours du paradigme mondial et calibrent, en conséquence, un projet pour la France. Insistons que les deux entreprises politiques, pour se ressembler sur la forme, sont aux antipodes sur le fond.

Sur le fond justement et dans une telle optique, le décalage du programme de François Fillon, foncièrement libéral, n’est pas sans rappeler le déphasage du projet mitterrandien par rapport à son temps. Sur le plan des propositions, François Fillon est le François Mitterrand de 2017, proposant lui aussi un projet appartenant au monde ancien, sans tenir compte du monde nouveau en gestation. Là où la parenthèse mondialiste, néolibérale et européiste est en train de se refermer progressivement, le candidat LR à la prochaine élection présidentielle entend se faire élire sur un programme … néolibéral, européiste et mondialiste. Qu’en conclure ? Que si François Fillon est élu, il sera condamné au même virage que celui de François Mitterrand en 1983, à savoir, une conversion à la hâte au protectionnisme et au souverainisme, après que l’application de son programme ait entraîné d’autres déboires pour la France qui, en toute objectivité, n’en a vraiment pas besoin. Et peut-être même qu’il appellera Emmanuel Macron, la doublure politique de Rocard en plus affairiste, au poste de Premier ministre. Macron qui viendra alors nous expliquer qu’il a toujours défendu la souveraineté de la France, évidemment…

On rétorquera que son programme passéiste n’avait pas empêché Mitterrand d’être élu et qu’en conséquence, le même passéisme programmatique de Fillon ne devrait pas l’empêcher d’accéder à la magistrature suprême. Certes, mais d’une part et comme dit l’expression populaire « on a déjà donné » : en clair, ce n’est pas parce que la France a fait une expérience malheureuse une fois qu’elle serait condamnée à la revivre. Bis repitita ne placent. Entre temps, les Français ont appris des erreurs et ont vu la réalité d’une politique conduite en dépit du bon sens et de l’évolution du monde. D’autre part, si, en 1981, la situation économique et financière d’une France sortant des Trente glorieuses, lui permettait encore d’encaisser l’amateurisme de la gauche, tel n’est assurément plus le cas en 2017 où la France est politiquement, financièrement et socialement exsangue de 40 années d’errances antinationales …

 

Il est à cet égard incroyable que ceux qui adulent le monde pour mieux détester la France, ces mondialistes qui reprochent malhonnêtement à Marine le Pen de porter un projet qui, soi-disant, isolerait la France et l’enfermerait derrière des murs et des frontières, sont ceux-là mêmes qui refusent de voir l’évolution du monde en enterrant leurs têtes dans le sable comme des autruches ! LR et PS se présentent en effet comme les seules forces politiques capables et compétentes pour comprendre la mondialisation ; mais celle-ci a récemment donné Trump et le Brexit qui vont en changer la nature même. S’ils étaient d’authentiques mondialistes, au sens étymologique du terme, ils se dépêcheraient de penser ce nouveau monde et la place, majeure par définition, que la France doit y occuper. Tel n’est pas le cas : nos autoproclamés experts du LRPS, généreux dans le maniement de l’adjectif autarcique à l’endroit de leurs détracteurs, ont décidé que la France devait rester en marge des affaires du monde en transition et donc refuser une mondialisation qui n’a pas l’heur de se conformer à leur idéologie ! On rompt donc avec Trump, avec la Grande-Bretagne et avec la Russie, pays qui représentent à eux trois les deux-tiers de la planète, mais on est mondialiste et ouvert sur le monde ! Les citoyens apprécieront l’escroquerie. A contrario, Marine est la seule vraie personnalité politique ouverte sur le monde tel qu’il est.

Fillon, plus encore que Macron d’ailleurs, est une sorte de mou qui n'a pas rendez-vous avec l'Histoire, qui apporte des solutions morcelées et éparses. De ce point de vue, le projet porté par Marine le Pen est le seul à avoir, non seulement une cohérence d’ensemble, mais aussi une vision d’ensemble. Plus encore, Marine a eu le mérite d’avoir senti, la première, les grandes mutations de notre temps, bien avant Trump ou Theresa May. Ici comme ailleurs, la résistance bornée et l’entêtement aveugle du système français a empêché la France d'être leader en l'espèce... jusqu'ici. Maintenant que le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont, dans leur pragmatisme et leur souplesse légendaires, réussi en quelques années à prendre conscience de ce que Marine Le Pen porte comme convictions politiques depuis des décennies, on est en droit d'espérer que le système des élites françaises en place va enfin ouvrir les yeux et concéder qu'elle avait raison, qu'elle avait compris avant tout le monde le sens de l'Histoire, et qu'elle est donc la plus à même d'incarner ce sens de l'Histoire que ni Trump il y a 10 ans, ni May il y 5 ans n'avaient identifié. Dans les faits, et par la faute de notre caste médiatico-politique qui n’a cessé de diaboliser Marine au lieu de réfléchir à la justesse de sa politique, nous allons nous retrouver au mieux, à être une nouvelle fois à la remorque des pays anglo-saxons.

Ce qui ressort de cette analyse est que la France ne peut plus se permettre de perdre encore une décennie à s’adapter aux mutations mondiales. Elle avait payé cela très cher dans les années 80 et ne s’en est, d’ailleurs, pas complètement remise. La France doit désormais prendre acte des mutations en cours et mettre en œuvre une politique qui les prend en compte pour en tirer le meilleur parti pour les Français. Les candidats du système sont en retard d’une guerre, comme c’est hélas souvent le cas des élites françaises à travers l’Histoire de notre pays. La démocratie donne pourtant périodiquement une chance de contourner l’impuissance et d’empêcher le pire. Pour cela, un seul vote utile, le vote Marine. Gageons qu’il sera majoritaire pour enfin refaire de la France un pays majeur.

 

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Amoudru Frederic 23/02/2017 19:52

D'une certaine facon Jean Messiha a raison. La France ne peut absolument pas se permettre une politique économique qui nous mènera à la faillite. 3 candidats se disputent le privilège de nous infliger l'estocade: MLP,Melenchon et Hamon.

PRANARDMulhouse 06/02/2017 10:45

Bonjour Jean, une fois de plus je ne peux que saluer ta brillante analyse et la finesse de ton propos.BRAVO & MERCI
à BIENTOT en espérant pouvoir te saluer comme Ministre de MARINE
René (ancien de la rue du soleil :--) )

Ribus 28/01/2017 09:10

Marine Le Pen est sans doute dans une bonne dynamique car ce qu’elle défend est l’avenir à savoir le retour des Nations. Mais cela ne sera pas suffisant pour l’emporter puisque ses reports de voix risquent d’être faibles au second tour. En fait, tous les candidats droite et gauche confondues vont se liguer contre elle.

Il y a quelques faiblesses dans sa stratégie présidentielle. Tout cela est bien préparé et organisé mais cela manque d’imprévisibilité et quelque part de génie. C’est un programme bien rôdé mais qui manque d’audace et d’éclat.

On a le sentiment qu’elle ne lâche pas ses coups et qu’elle se contente d’éviter la faute. Or, dans l’élection présidentielle comme dans les grandes compétitions sportives, il y a un moment où il faut pouvoir se transcender, se placer à un autre niveau, surclasser les adversaires par un petit quelque chose en plus.

De plus, il y a des axes de stratégie politique qui sont me semble-t-il négligés par exemple le vote des femmes.